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courrier des lecteurs

Il ne fait pas bon travailler quand les cigales chantent

GENRE : Belle balade littéraire sur le thème Marché de Provence

Bocampe rend un hommage noble au pays qu'il adore et qui l'a vu naître par une visite au marché qui ne ressemble pas un seul instant à Monsieur tout le monde   

Format Format 21/ 11 couverture,couleur laminée brillant, illustration de Olivier Blandenier, intérieur, 115 pages sur papier astrid ancien écru, brochage dos carré collé, rogne trois faces.
 

ISBN 978-2-9700557-3-0

Prix : 25.- CHF (15 euros) port compris.

 



 


 

Prélude

Es un fènis(*) ! Après avoir dormi d’un rêve envolé, un bâillement estival m’invite à ouvrir les volets de ma chambre d’hôte. Les gonds grincent le dessous du temps avec des crr-crr, crisscric- cre, crui-crui et les essences des dieux de la Provence semblent approuver mon arrivée au cœur du monde. Nul doute à cela, je vis éveillé en plein rêve: la vie. Elle me dévoile l’une ou l’autre de ses réalisations. Apparaît alors près d’un bosquet de chênes kermès, un «cabanas»** . Si ce n’est pas un miracle! Aussi vieux que l’érosion, il témoigne encore d’un équilibre naturel qui fait face à la nuit des temps. Les pierres plates s’entrecroisent et «s’encorbellent» merveilleusement, jusqu’à former une

* Es un fénis! c’est un miracle! ( en provençal).
**Cabanas : architecture rurale en pierre sèche liée aux activités agricoles.

voûte venue d’un autre monde. Il a tout l’aspect d’un vestige du peuple ligure et moi, celui d’un émigré qui revient chez lui. Ma foi, enfin j’y suis, me voilà chez moi.
Des merles siffleurs et mille autres plumages oniriques orchestrent le premier réveil de la nature. De tous côtés on chante, jusque dans les contours rocailleux où je devine ces herbes du soleil comme le thym, la sarriette, le romarin, le serpolet, qui peuplent la garrigue.
Déjà, je sens une rosée exhaler les parfums d’une terre chaude de séduction. Une terre chatoyante qui accueille des arbres aux troncs sculptés, aux toisons de feuilles argentées. J’observe les immortels oliviers chanter successivement du côté d’une intense lumière. A mon idée, ils doivent approcher les septante, et figurez-vous que chacun d’eux me fait l’effet d’un ange qui chuchote à mon cœur, tout comme le fait mon pays:
 «Les secrets ne sont pas faits pour être gardés».
Oh! par Saint Joseph de la Pérusse! C’est clair. Après une telle révélation, je suis fin prêt à recevoir l’illumination de mon étoile. Mazette de mazette! quelle
merveille que la transparence matinale et quelle ressemblance avec les collines de frère Giono. Plus surprenant encore, ici et là, des murs de pierre sèche aux inimitables sourires s’étirent à perte de vue sous les premiers rayons de l’astre solaire. C’est un véritable équipage minéral qui s’articule en vaisseau tout terrain. Sur les terrasses structurées en jardins de l’espace, je reconnais des amandiers, des cerisiers, des abricotiers,
et des arbres dont je ne connaîtrai sûrement jamais le nom. Il y a, à n’en point douter un accord dans l’harmonie et c’est bien l’homme d’ici qui a voulu qu’il
en soit ainsi.
Cocagne de nom! à présent, de ce petit jour tout pomponné de retrouvailles, la conscience marginale, je commence à me détacher gentiment des nécessités que dicte un monde du travail devenu hérissé de chiffres. Mystères d’une Provence à dimension humaine, je vais écouter les anges de tes collines à la lettre, et ce, jusqu’à ma fin dernière. Oh! oui, exalter intelligemment le repos suffira à adoucir mes raisons de
vivre.
A vrai dire, je sens qu’une émotion mauve-lavande me pénètre l’âme, à l’instant même où je déguste ma première matinée de vacances. J’ai pour ainsi dire l’effet du flux de mes ancêtres qui traverse mes sentiments de part en part. Et si la Terre commence en Provence, alors voici que je viens de naître à nouveau dans les saveurs naïves de l’imagination.
Mais vous savez, pour résumer ma présence ici, si proche, si loin d’une norme mistralienne et en dépit de toutes les théories, je vous avoue qu’au-delà du Rhône et 300 km à la ronde, tout au moins, je me sens désormais partout chez moi dans cette province royale Française. Oui, comme je vous le dis, j’essaie d’être moi-même, si authentique, autant du côté de ce Ciel
spontané que de cette Terre en fleurs. Je peux joindre ainsi ces deux éléments et réaliser que je suis, moi aussi, une merveille du monde, avant que la mort ne m’emporte dans une zone plus intense. Vinzou! il est vrai que c’est tout l’homme comme je l’aime.
Tout bien pesé, de nature têtue, je rajoute sans exagération que cette région de France me donne la nette impression que partout Il ne fait pas bon travailler quand les cigales chantent où je vais aller, mon sourire sera le bienvenu. Mais pour le coup, cela fait bien quarante ans plombés que je n’y avais plus mis les pieds. Tout cela pour l’ironie d’une incroyable destinée qui est la mienne loin de ma terre natale. Pour gagner ma croûte et trouver mon chemin, je suis allé là où s’achèvent toutes les avenues de platanes. Oui, jusqu’aux seuils même des fatalités de vivre. Hé bien, parbleu! A force de ne plus le redouter, l’inconnu m’a réservé bien des surprises.
Placé en réserve, rivé à un contrat social compliqué qui m’a retourné plusieurs fois dans le sable de mes tripes. Purée! Quel
pays que celui du chocolat et des banques! Et que de compromis pour si peu de temps passé avec les champs fleuris, les truffes blanches, les drailles de la transhumance, les rivières et tous les parfums des collines. Si vous saviez! Afin d’apporter à sa vie un
peu d’authenticité, que d’efforts et de prises de conscience pour retrouver ses racines. Mon cœur est ici… Et mon esprit, lui, où est-il?
Fan! je peux le dire aujourd’hui dans tout l’éclat de mon évolution. Après un long oubli au-dessus de moi-même, tu m’as manqué ma merveille, ma Cathédrale Provençale, mon inséparable compagne. Même mes cellules et le rouge de mes veines réclamaient l’accès à ton enchantement. Aujourd’hui, quand je suis face au
destin, après m’être tant crevé le bédélet, j’ai le bourgeon. J’éclate de naturel et du bon sens de la vie.

O pechère! comment vous l’expliquer? La vie, cela dure, et l’on ne peut pas l’arrêter. Par les chemins de ma mémoire, je me souviens d’un pays de l’âme où chaque instant crépite comme un feu de la Saint Jean. Des grands-parents, un mazet, un lopin de terre, un père et une merveilleuse mère qui parlaient en patois de chasse, de pêche, de travail, de pétanque et d’amour. Figurez-vous que, même expatrié, j’ai toujours eu un penchant naturel pour la tendre relation avec le beau, la pierre, l’œil souriant, la taquinerie, la tuile romaine, l’inspiration, le conte, la couleur, les parfums, le tendre
parler, l’accent de l’olive. Le bouquet des cœurs, quoi! Cela ne vaut-il pas tout son pesant d’or pour explication?
Tout bien considéré, je me suis toujours senti adepte de ce proverbe provençal que mon père promenait au bout de sa langue tout au long de l’année: «Fai pas bon travaia quand la cigalo canto».
C’est-à-dire que mon père, et cela durant toutes les saisons, entendait chanter sans peine les cigales dans le cœur de ma tendre mère. Il ne désirait rien de plus.
Ah! le vieux!… L’ensoleillé!… et elle!…
Ne faut-il pas la pleine lumière pour tant d’amour?…
Mais pour parfaire mon évolution, je dois aller aux saisons prochaines, car même disparus dans les nuées, mes parents n’en restent pas moins une chaleur vivante qui me réchauffe l’âme. J’ai la chance d’avoir
été leur pitiou, et pour honorer les mystères du vivant, je leur dédie cet ouvrage. Je le leur lirai tout haut, sur la colline qui a bercé mon enfance. En cela, je me reconnaîtrai à travers cette parole sans qu’aucune ombre n’entache mon esprit.
Monsieur le vieux, je vous prie. Surnommé Vitour (Victor, en provençal)
le sage ou la Provence des poètes. Truculent personnage, présent dans les si beaux tableaux de la vie, avec la même simplicité que les places de village, les gaules et les cafés, les boules et les belotes. Mon père m’a m’éduqué dans le raffinement de son désarmant bon sens. Que ce soit la joie de vivre, grâce aux épreuves de la vie, il fut le plus grand de mes enseignants, ce qu’assurément aucune école au monde n’aurait su faire à sa place.
C’était sans doute sa force, en dépit de toutes les théories sur le bonheur, une fourre de rire et une preuve d’amour lui suffisaient. Et, sans compter toutes les fusées de couillonnades qui lui traversaient le cœur à chaque seconde. Ah, ça oui, avec ses chicanes bienveillantes, il était si heureux d’être sur terre qu’il ne se posait jamais une seule question sur le pourquoi des choses.
Je vous assure que l’on ne peut guère faire le deuil d’un homme qui a un caractère éternel. Boudille! Ne sommes-nous pas dans les traces du bout du monde! Tut! Tut! Et du train dont je suis le passager, tant mieux, car j’ai toujours eu envie d’être sur les rails de l’infini.
Té, quant à moi, je suis à cheval sur mon demi-siècle, au galop de ma vie. Avec mes rides sur le front, j’ai l’air plus «homme», et bien qu’encore étranger dans mon pays après tant d’éloignement et de frasques, je peux tranquillement faire le décompte de mes jours. Un, deux, trois, un demi-siècle! Un deux, trois, Olive! Té, je me retourne, et que vois-je? La certitude qu’il me reste
un seul sentiment d’appartenance ici-bas : une amitié toute particulière pour tout ce qui a rapport à la Provence proprement dite.
De frère Frédéric Mistral jusqu’aux «Lettres de mon moulin», il m’était impossible d’ignorer le marché de mon enfance.
Que ce soit dans le silence ou dans le bruit, j’entends la vie. Il me semble d’ailleurs que le marché est le seul lieu sur Terre où les pensées humaines ne peuvent pas être marmorisées.
Ah! quel lieu public, social et enchanteur, gardien de tous les biens et savoirs de la Terre! Tous les faiseurs de miracles sont là avec leur secret. Et moi, ce « jourd’hui » de tous les matins du monde, j’y suis…
Qu’ajouter de plus? si ce n’est que je m’en vais vous le raconter, ce marché.
Zou!…

 

Sommaire:

Fatche de!
Le marchand d'olives
De ci de là, bzz, bzz
Sous le pli de l'étoffe
Graines de tous les vents
Papé cigalou
Un seul geste
Le cœur du monde
L'alchimie des pâturages et des broussailles
Joie du quotidien
Entre chocolat et mer océane
Ni commencement ni fin
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