Sommaire:
Nuit et blanche passe
Aurorale
Aube
Matin et porte des étoiles
Plein jour et lendemain
Après-midi et porte des destins
Coucher de soleil
Premier crépuscule
Le crépuscule se fait nuit
Extrait du livre, nuit et blanche passe
L’air ne ment point dans telle circonstance. Mêlé de douceur
en cette nuit du 23 septembre de l’an 2030, il se faufile
dans tout mon corps de sexagénaire qui aimerait se rouler en
bogue et mourir à son passé. Dès lors, voilà qu’il lit avec
élégance dans mon âme une quête du bout du monde. C’est que,
parti avec mon sac à dos depuis la Suisse voici juste quatre
jours, j’arrive à Trevena (du cornique Tre war Venydh).De
nos jours numériques, ce petit village d’à peine 800
habitants a été rebaptisé Tintagel.
Dans la légende arthurienne,
c’est le lieu d’origine du roi Arthur. Enfin, j’y suis. Sous
un grand ciel étoilé, je marche à la lueur de l’astre blanc,
à pas lents dans la rue principale du village médiéval. Il
se
trouve que c’est une nuit de pleine lune et autant dire
qu’il n’y a pas âme qui vive dans Nuit et blanche passe les
rues à cette heure. Le sommeil veille avec l’oubli des rêves
sur les habitants.
Naturellement, je ne suis pas venu chercher la cohue
estivale et déboulonnée qui ronge le mont Saint-Michel. Ah,
ça non, sans façon. Et puis, ne suis-je pas, moi aussi, le
petit roi d’une histoire qui devient mienne, d’une
biographie terrestre qui fait mon émerveillement? A vrai
dire, par cette visite éclair, j’inaugure mon départ en
retraite à demi arraché du monde des fiches de paye. Après
avoir passé ma vie à partager des compétences profondément
embourbées dans quelques ornières, me voici petit homme qui
tente d’unir les fragments de sa vie et les liens de son
évolution.
Sur
la route de l’homme debout, il est vrai que je suis à la
retraite, selon un contexte social prescrit, défini et fini.
Pourtant, mon projet de vie, lui, se poursuit et ne
s’arrêtera jamais. C’est là mon destin ailé, sans limites,
mon bateau en mer. Mon souffle du grand large jusqu’au
couvert de mon «être».
Le
but de ma visite n’est pas de voir mes capacités sous un
cercueil social tel que la société le conçoit et le prévoit,
mais tout l’homme debout, en haut de son dôme...
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Revue sillage, de l'association vaudoise des écrivains
automne 2007, cahier numéro 71
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