Extrait ....
La
complexité de l’homme debout
Faire
le voyage incessant du système Intellectus à la recherche
d’une bouffée d’oxygène pour son délassement, est éreintant.
Faire des efforts par le biais de l’intellect est épuisant.
Quand je parle d’espace libre et du Temps de L’Inexisté, il
s’agit de deux itinéraires qui ne vont pas dans la même
direction. Dans les milieux de biens portants, il est
courant d’entendre parler de fatigue psychique. Il y a des
intellectuels qui disent que l’homme est complexe, mais le
fait qu’il soit fragmenté renforce ces phases de latence et
la difficulté de se libérer de l’étreinte du système s’en
voit ainsi accentuée. En fin de compte, resté ignorant est
une source de complexité étant donné que l’on ne peut pas
comprendre ce qui se passe à l’intérieur et à l’extérieur de
nous-mêmes.
Priorité de fin de semaine, il faut se ressourcer à
n’importe quel prix, le temps de travail doit être
raccourci, l’absentéisme au travail augmente, les maladies
cervelesques s’accroissent, les maux de dos jouent du violon
avec les assurances maladies, les vacances sont considérées
comme la dernière ressource, les couples se déchirent à la
moindre épreuve, etc. Chacun est à la recherche de son lagon
et cela est devenu aujourd’hui un problème social d’autant
plus difficile à résoudre vu que la pratique de l’égoïté est
contagieuse et si justifiable par l’intellect.
Doit-on considérer que pour la plupart des hommes, la vie du
travail est t-elle, qu’elle est devenue un lieu de
souffrance psychologique. Preuve est que lorsque nous
n’animons plus de vie le système dans lequel nous sommes
censés évoluer, les conflits de toutes sortes sont au
rendez-vous de l’ego, et les plus connus sont les conflits
de métiers, les conflits du « pouvoir merdeux », ceux du
sexe et de l’argent. Ah les conflits de la fragmentation !
C’est le cachot.
En d’autres
termes, la vie ne vient plus à l’homme car celui-ci a
formaté son secret d’exister et l’a ensuite assimiler à un
système qui coproduit sa condition ; et comble de fatalisme,
ce secret sacré, il se privera de le découvrir sa vie
durant. Telle est la facture commune à chacun, lorsque nous
oublions de concilier le métier d’homme debout avec la santé
mentale du système qui, ne l’oublions pas, nous rassemble
dans un premier temps. Le déni de l’être de la vie est
considérable de conséquences et malgré les obsédantes
tentatives de la pensée morte, il n’a pas encore été
possible de gérer un homme comme on gère une entreprise.
Il va de soi que la vie n’est pas domptable et que
toute sa poésie n’est pas intellectualisable, ne croyez-vous
pas !
Etablissons encore une différence entre deux types de
pensées, de nourritures, d’émotions, de prédisposition ;
soit un courant de pensée (la coproduction conditionnelle)
nous associe au système Intellectus Premier, soit une
énergie de différente nature (la coproduction existentielle)
nous met en relation avec la vie dans laquelle nous trouvons
les forces de participer activement à l’évolution du système
commun à tous. Ce sont deux versants dont le second perd
toute sa caractéristique égotique. En fait, de ce qui
coproduit notre condition humaine, nous sommes toujours
amenés à distinguer les phénomènes du mental qui manipulent
les apparences de notre présence à la vie qui, seule,
réalise l’état d’être.
Il y a la coproduction conditionnelle qui génère
sans cesse des causes et des effets et la coproduction
existentielle qui enfante de la vie à travers le réseau de
l’instant. La première coproduction étant en quelque sorte
un outil de travail qui permet à l’homme debout d’être
l’artisan de sa vie intérieure.
L’espace individuel
prend là tout son sens, il ne s’agit plus d’individualité,
de « moi », mais d’espace de vie, de « suprasensibilité ».
Il n’y a ni propriété ni propriétaire.
Je veux parler d’un espace de vie partagé, et là est
toute la nuance. La création est un silence partagé… Un
silence sans point et sans cercle. Somme toute, nous ne
faisons qu’apprendre à cohabiter avec l’espace et le temps,
sauf que sans espace, il n’y a plus de place à la vie tandis
que le « moi » et le temps font bon ménage.
Il ne
s’agit pas de fuir le système et de vivre au sommet des
montagnes, le système aura de toute façon vite fait de nous
retrouver, tôt ou tard, et les chocs seront à la hauteur de
la fuite. Il ne s’agit pas non plus de renier le système,
mais au contraire d’y apporter, tout à fait librement, sa
touche vivante d’amour. S’exercer
à cette tâche ne peut se faire sans acte de création. Mais
la création n’est pas un processus intellectuel, ni une
réaction à un fonctionnement et encore moins une fusion avec
une substance psychotrope. Elle n’est pas un chemin vers
lequel on va la tête médiatisée. La création vient à nous
dans la mesure où nous cessons d’être fragmentés entre ces
deux coproductions, l’une existentielle et l’autre égotique.
En quelque sorte, la coproduction conditionnelle est un
outil de travail avec lequel nous sommes destinés à être ce
coup-ci, l’artisan d’un nouveau monde. L’individualité, le
je, l’ego, le moi, ne sont plus ni le départ ni le centre de
la perception.
Sommes-nous
prêts à accepter que toutes les connaissances et les
croyances associées à la coproduction conditionnelle nous
conservent dans une parfaite ignorance de nous-mêmes, donc,
par conséquence, prisonniers de concepts dans une clôture
mentale limitée, nous restons étrangers à la vie et du reste
du monde.
Le
flux de la vie est une posture portée par nos états de
profondeur. C’est ainsi que l’être a toujours un regard
neuf, n’est-ce pas, auquel cas, il ne peut être manifeste,
alors que l’homme qui souffre trouve le temps long car
l’homme qui souffre a perdu son reflux, son « respir »
Discernons autour de nous ce qui se répète dans le temps de
ce qui est libre dans l’espace. Nous en aurons des choses à
raconter à nos enfants après tel exercice de perception,
n’est-ce pas !
Dans le
même temps, les savoirs du passé exaltent « ce qui n’est
plus », par des images sans appartenances, des symboles, des
cosmogonies, des traditions, d’indescriptibles stupeurs et
d’accablements spiritualistes. Cette disposition aux
croyances remplie certes l’impression d’existence mais à
long terme cela engendre des
confusions et des divisions tout en renforçant le flux de
l’intellect discursif. Généralement, il y a une dissociation
avec le système suite à une dégénérescence mentale, car ce
qui était d’actualité autrefois ne l’est plus aujourd’hui.
Les acquis accaparants du passé empêchent de contempler les
étoiles comme pour la première fois.
Ils procurent la
souffrance d’un savoir qui se répète et qui n’insuffle pas
de vie face aux réalités du monde. Cette continuité de « ce
qui a été » refoule l’instant et tout ce qui se trouve sur
son passage, c’est-à-dire, l’intelligence de la vie.
Pouvons-nous comprendre et percevoir cela dans nos cœurs ?
Il
ne s’agit pas de poser des réponses qui soulagent le
« moi », mais d’amener des éléments doués de vie pour
dynamiser le système qui régit notre quotidien. Je veux
parler d’éléments de vie car la vie n’est réelle que dans la
relation et le partage même de ce qui est au-delà de la
relation. Et n’est-ce pas à partir de cette action que nous
pouvons prendre conscience que derrière le bris de
l’horizon, il y a autre chose que le « moi je » !
Voyons encore sans souffrir d’aucune réserve.
Observons ce qui se passe dans notre vie intérieure, comme
pour la première fois. N’est-il pas surprenant de
s’apercevoir que nous tirons ordinairement notre action d’un
présent dont le contenu substantiel vient du passé ?
Essayons de voir ce qui a prit domicile dans le
fonctionnement de notre structure psychique et tentons d’en
comprendre la dynamique, les enchaînements, les passages et
les transitions, telle que la transition de la pensée morte
à l’émotion conflictuelle ainsi que celle du fait aux
parasites qui tourbillonnent autour du fait.
Ne faisons plus la même erreur pour ce travail
pratique de passer par l’intermédiaire du « moi » ou de
l’analyse en tant qu’action, car de par leur absoluité,
ceux-ci vénèrent un système qui perpétue leur projection. Ce
serait donc peine perdue puisque ce qui est projeté n’est
pas la vie. Nous serions immédiatement transposés de nouveau
dans l’opium de la clôture mentale.
L’action,
c’est la relation qui nous unit au vivant et l’une des
conditions pour assumer notre responsabilité est de
percevoir ce que nous faisons comme un état d’Intention,
donc, un état de vie. Identifions l’origine de notre action
sans nous prendre pour l’entité de cette action et nous
saurons pourquoi nous sommes des êtres de relation. Comment
regardons-nous notre femme, les femmes, les évènements du
monde, les hommes riches, les mendiants des villes, les
étoiles ? Qui regarde en réalité ? Et de quelle réalité
s’agit-il ? D’où
vient ce regard et comment le conscientiser, le rendre libre
d’espace et du temps, de ce qu’il voit et de qui voit ?
Quand les choses arrivent, tenons-nous vraiment
compte des circonstances qui les ont créées ? Quels sont nos
réactions et nos sentiments face à ces faits ? Observons
encore comme pour la première fois, essayons de donner du
sens et du lien. Déjà, notre vie change, et changer c’est
être en demeure dans l’état d’esprit de la vacuité, sans
équivalence et sans certification. Ne sommes-nous pas des
êtres intermédiaires entre deux mondes d’où découlent nos
apprentissages et nos découvertes.
Nous rapprocher toujours davantage de « ce qui est »
et des teintes adoucies du Ciel et de la Terre ne passe pas par une
discussion cervelesque mais par un acte de perception
dépourvu de spéculations. Toute fonction cognitive est au
repos, pouvons-nous comprendre cela et essayer de percevoir
différemment sur toutes choses vers lesquelles se porte
notre regard?
A quoi
servent nos connaissances en définitive ? A être contrit de
tant d’incohérences et de différences sous d’épaisses
couches d’égoïsme ? A gérer le fonctionnement d’un système
qui à son tour régente la condition humaine, à coups de
comparaisons, de mérites, de performances, de technologies
joujoux, de chiffres, de calculs à Diable et de mesures à
Dieu. Remarquable absorbation de nos continents, la
technoscience a frappé partout ! Et quel résultat ? A ce
sujet, observons les comportements des enfants du troisième
millénaire.
D’adrénaline et de boniments, le « moi », dans ces
conditions de cristallisation de l’âme sensitive, s’encombre
de savoir égocentré, faute de quoi, l’homme manque
d’assiduité et finit par oublier qu’il existe. Tout
bonnement, parce que l’ego n’est que le résultat de
processus extérieurs qui le fabriquent. Il n’existe pas en
tant qu’entité libre et autonome. Il est évident que
l’Existé n’a pas de propriétaires. Difficile à avaler pour
un blanc au visage pâle, qui, quand il lève les yeux au Ciel
pense seul et rêve de lui.
A vrai dire, comment peut-on rencontrer les autres
hommes et participer à leur réalité, si nous sommes
finalement totalement absent de l’instant. Cela signifie
aussi que la connaissance intellectuelle reflète un état de
forme du passé qui, pour se nourrir et se satisfaire,
sacrifie l’instant : le siège de « l’être de la vie ».
N’est-ce point une complète perversion de la connaissance
que de servir ce qu’elle ne connaît pas tout en
s’éloignant « de ce qui vient » ? Toutes pensées mortes est
une cause qui a une conséquence sur la nature humaine. Ainsi
naît la complexité des causes. Une complexité telle, que des
situations rencontrées, l’homme ne peut plus en tracer les
origines. La fatalité conditionne ainsi des milliards
d’individus qui postulent pour des « moi » individuels et
ils utilisent ce postulat pour s’insérer dans un système
social qui est une parfaite réplique narcissique de l’ego.
Et
en même temps, quand celui-ci s’accalmit à l’instant, par
l’absence du joug qui l’accable, par une entrée hors du
temps, un être accède à la vie. C’est aussi le propre de
chaque homme debout : se libérer d’une impression du « moi »
qui se joue d’une
suprématie illusoire et totale.
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