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Trilogie Celte I
LETTRE A UN HOMME COMME TOUT LE
MONDE

Genre :
Essai
Cette Trilogie
se présentera sous forme de trois lettres
Trilogie Celte I: Lettre à un homme comme
tout le monde.
Trilogie Celte II: Lettre à mon Etoile.
Trilogie Celte III: lettre à une Femme
pas comme tout le monde.
Couverture noir/blanc, laminée brillant. Brochage dos carré collé rogne
trois face. Format A5
ISBN:978-2-97000614-7-2
Intérieur : 112 pages sur papier bouffant
70 grammes,
Prix 27ch port compris ou 15 euros port
compris
Dédicace de l'auteur
La grande illusion...
Par Sjöfn! Il était une fois, au Mt-Pèlerin,
tout au-dessus d'un lac remué, en un endroit très précis du
coeur, une faculté divine et
mystérieuse de rêver. C'est ainsi qu'un dimanche
Soleil, des vagues Atlantique roulaient ses Boules de
Feu aux quatre vents pour les réaliser. Venues depuis les toisons des nuées du
Ciel d'Islande, les rouleaux du Léman, les poumons pleins de
vie déferlaient au rythme
de l'Infinitude. Ce jour-là, recueilli à la
croisée des transepts d'une continuité de vie, alors que, dans les ondes spirituelles, "d'un tout à coup d'Humanitude", un fil
de trame se détend, une clé de Voûte se met à vibrer.
J'écoute, j'entends. Nul
doute, c'est un dimanche Tisserand, sans "je uniforme" dans
un aujourd'hui hors du temps et dépourvu de forme. L'œuvre
dans l'œuvre rappelle ses enfants Aurorale, et, sans dissonances, m'y
reconnaissant, tel un ouragan de bonheur que rien ne peut
réduire au silence, je réponds comme à
mon habitude ancestrale : Oh, yes! Présent. C'est le Temps
Vivaldi.
Dès lors, sans valse hésitation, vint à ma rencontre dans
l'ouverture de cette porte entr'ouverte du réseau de
l'instant, une ondoyante et parfumée Trame du Grand Nord.
Miracle d'un instant ou illusion! Pourtant, à la vue de mon
corps réel, je discerne des yeux de braise qui donnent le
change au monde des vivants. Par Vénus! touché. Boum boum
boum, en plein cœur, système endocrine ébranlé.
Quoiqu'on en dise, point de masques à la cour des simples,
je vous prie. Carnaval, n'est-ce point à Venise! Poum, poum,
poum, que de futur Messire l'enchanteur, l'axe du monde,
c'est maintenant... Soit! L'œil simple saisit d'un seul regard, car au pays de l'amour tout
est y transparent. La grâce infinie de
sa présence me rappelle les contes merveilleux de la Forêt Elfique. D'un air libre et dégagé, tout est encore présent
et intact plus ou moins à son esprit et l'est encore
au mien.
Certes, pour mon être, c'est assurément la plus belle
caresse "flambée dans le firmament". Le commencement d'une
nouvelle Aube. Toc, toc, toc,
Offrande du Nord? Entre sans crainte, mon cœur t'appartient, me
répond, Souffle d'Islande. Soudain, puisque plus tributaire
du temps et de la pensée morte, surgit d'une nef à douze
travées, un natif billet d'Or, tandis qu'en polarité, une
fièvre cérébrale du passé embarque au loin dans ses rivages
anciens, son enfoui trésor. Aussitôt, un mirage du "je" déformé par une accumulation de
certitudes s'honore de ses droits. D'un vide au suprême
paradoxe, tout à coup, surpris à glagla, aglagla de la terre
glaise manque hautement sous
mes pas, la vacuité sera sans équivoque.
A force d'être ému par des inférences qui se ravisent
dans le cycle des épreuves qui me vise.
Toc, Toc poc plac! J'appelle du cycle des Existences, Tintagel en rescousse
pour chasser les interférences. Voici les
clés pour ouvrir le coffre, lance une pierre du vaisseau à Merlin. Cric, cric,
croc, crac! D'un coup
de perception magique, peut-être
qu'Iintellectus et son bataillon de peur stratégique seront neutralisés au centre du cromlech
fantastique.
Par
Samain! Et si c'est le cas, quel gisement
de grenat! De farfala en
pom, pom, pom, ce sera comme les enseignements de l'automne: "Quitte les choses avant qu'elles ne te quittent, me
chuchotent encore mes feuillent mortes auprès de la
bienheureuse souche pensante. Les histoires d'amour ne sont
pas pour les intellectuels soufflotte un Angelot à mon cœur
en pelote. Nul doute, du chiffre des choses et de leur
accouchement, que le langage
de la vie vienne et que les cœurs s'éprennent."
Oh yes! Présent au présent.
C'est sûr, sûr, sûr, l'amour de la vie
est avant tout relation, Terre à Terre ou l'écho d'une
mémoire au Ciel, mûre, mûre, mûre... tombée... tel est
le miracle d'incarnation. Do ré mi, corps âme
esprit, alors, que d'un Souffle d'Islande
s'exhale une lumière dentelle, mi fa sol,
mon cœur bâtisseur appelle. Oh, vents des
envolés et des audiences! En vain... Nulle réponse au
pays de la Fragmentation... bien à la solde de
ce Monde contagieux de la froide raison, des yoyo et des moi
soldats, unanimement dans la pensée morte, la si
do..."Mental Personne vous y conduira". Oh! non, non, non
d'un chien! Pas dans le continuum, où de cap et d'épée, pour
un p'tit coin de vie s'escrimer avec des reflets du Passé
capharnaüm. Oh! non, non, non de Chien! Sinon, j'appelle
Merlin. Et s'il n'est pas là, Sainte Catherine le
remplacera.
Plume en paume d'une
extraordinaire résonnance avec une Flamme-jumelle, sur la
route des arbres profond des bois, en tête à tête avec
une immémoriale envie d'être avec Elle; je retourne Seul
en Cathédrale sur les Terres de Cornouailles, pour sentir à nouveau l'humus
de mes ancêtres qui m'ont vu naître autrefois.
Et d'octave en mer Etale, dans
l'azur d'un hiver "Druidisant", sans ne
plus rien attendre désormais de ce qui vient de ce monde des
têtes d'eau qui errent dans leur "Cagerrant", je
repars amoureusement avec les grandes marées basses de
l'atlantique me recueillir un moment vers des
horizons où n'est pas séparé le vivant.
Humour à tous moments comme Berger, entre le Feu et les Flammes,
la Terre et l'Eau, derrière
mes yeux dédales,
s'ouvrent des cendres encore tièdes bleutées, des rouets aux mille pétales.
De l'immense inconnu dont je suis encore bercé, je ne garde
plus
qu'une seule étincelle. Et s'il ne reste plus qu'une
flamme qui crépite encore dans le firmament de nos cœurs,
alors, "Douce Flambée " que j'aime, cette flamme
sera pour toi, mon amour, sache que c'est à tes
côté que je siègerais en guise d'être aimant.
Par Aphrodite! Il était une fois au Mt-Pèlerin, un de ces jours
Fon, fon et Ratapon, une après-midi Vivaldi où tout est là
comme un principe des quatre saisons.
De magie à Merlin, p'tète ben même que, c'était pour mon âme
d'enfant, le plus beau jour du Monde que d'être à
nouveau à l'unisson avec le langage de la création, où
depuis Toujours, de Tout, créer à partir de Rien, et de lui,
intelligence du cœur en poupe, sans cesse y revenir, sans
passé, ni demain. *** Juste un être de cette grande
Odyssée à qui, d'amour, tenir la main.... *** En
vain....
Bocampe
***********************
Présentation du livre
Très cher, Jehan, ta lettre est un festin
toujours poursuivi et quelle part fidèle de ton amitié que
je considère aujourd ’hui
comme une construction au-dessus de nous. Comme tu le dis,
vivre sur la boule bleue est un grand défi. Dans cette cour
de l’homme
debout, accompagné d’un
bourdonnement à l’âme,
je vois s’allumer
l’alphabet
sur un tas de pierre chaude. M’en
voici l’âme
tiédie. Tes pensées sur lesquelles tu assoies ta quête de l’âme
humaine, me délassent et me régénèrent, alors que ton
naturel marginal m’enthousiasme.
Ardeur et bon sens d’un
côté et amour et révolution de l’autre.
Ah ! Je me souviens de ce temps où tu
portais l ’outre
de peau de chèvre sur les hauts plateaux, où tu n’avais
de cesse d’aspirer
à une rencontre intime avec « l’Existé ».
« Lâche tes résistances à la vie, que tu me rabâchais sans
cesse, entre dolmen et menhir ». Il s’en
est passé des choses.
En effet, à tes premiers mots, je lis qu ’il
n’y a de
chemin que celui de l’instant
où toutes nos intentions se lancent en avant pareilles à des
vagues qui roulent dans l’océan.
Devant cette porte, dans ce qui me reste encore à vivre
ici-bas, très cher ami du genre humain, je ne peux qu’entrer
sans frapper dès les premiers jeux de l’aube.
Ton message me nourrit l ’esprit
et de certains morceaux choisis, t’y
répond, inlassablement dans cette perspective qui nous est
familière et contemplative : témoins de la vie et de sa face
cachée, nous savons peu de l’intelligence
de la vie. Or, en ce lieu indomptable de l’ « Existé »
qui ne se laisse pas facilement décrire, il est vrai que
nous savons si peu. Toutefois, la vie nous connaît si
profondément. Il semble que nous sommes dotés d’une
mémoire quasi squelettique qui se fait langage dans notre
corps d’os.
Rappelons-nous à propos que la Terre est
bien là, sous nos fondements, et même si nous ne la sentons
guère adhérer à notre chair, elle nous transporte en danse
et en ronde d ’infinitude
en infinitude. Cela ressemble à une seule et même route
diversifiée par un éternel exercice d’équilibre
toujours rassemblé en une attraction d’interdépendance.
En quelque sorte, nous sommes dépendants du réseau de l’instant
pour être libre et heureux. Et dire, que le genre humain est
invité d’honneur
à cet immense jeu de cache cache cosmique. Où est l’homme ?
Où est l’amour ?
Par ici, et encore par là !
Et Ciel encore, ce que qu ’il
fait bon vivre, lorsque content de se retrouver, poésie et
cœur d’homme
s’unissent
à nouveau. Assurément, Jehan, lorsque les idéologies du
« moi » flambent dès les premiers feux du jour, l’ADN
vibre alentour. Le temps s’arrête.
Exister en partenariat avec cette énergie toujours en
mouvement, prend alors une toute autre signification. On s’expose
à des choses inédites.
A chacun de nos pas, nous pouvons nous
émerveiller de vivre en compagnie de la semence de l ’instant.
En ce lieu de la poussière au pied, parmi des sens qui ne
sont plus messagers d’interprétation
du grand voyage à entreprendre. Ce voyage est l’expression
complète de « ce qui est ».
N ’est-ce
pas la vocation de l’esprit
que d’être
en relation et en communion vivante avec ce réseau de l’instant ?
D’une grâce
radieuse, passionnés d’évidence,
comme l’un
pour l’autre,
l’homme
pour l’instant,
l’homme
pour l’étoile,
la béance pour la vie, la vie pour la béance.
Ceci étant, malgré cette difficulté
majeure que nous avons d ’exister
ici-bas avec nos semblables, en réponse à tes pensées, je te
partagerai à chaque fois qu’il
me sera possible que nos changements d’états
de conscience sont aussi l’équilibre
même de notre condition humaine où se joue l’extension
de la vie dans le système de la coproduction
conditionnelle. 1 Dans ce cas, de cette continuité, nous
sommes tous coresponsables du sens de la vie qui nous
définit infinis.
Entre étoile et homme, cet équilibre
de joie pure que l ’intellect
terni sans relâche entre autre par le calcul, la comparaison
et le culte du « moi », se situe au-delà du continuum
espace-temps. Comme tu le sais, la vie ne donne pas une
sensation de sécurité à ses enfants. Nul doute, nous
trouverons-là, en ce grand saut, pour avancer, chaussures à
nos pieds, ainsi que les intentions appropriées à l’ensemble
de la Terre habitée.
Tout de même, quel beau métier à tisser !
Apprendre à Exister aux fugues de l ’impermanence,
sans se cantonner dans l’enceinte
d’airain d’une
caste inventée par la pensée. Une pensée qui se voyant
naître dans un vide près de tout et de rien ne peut rien
donner d’autre
que son écho, que son reflet.
Vie ! Les ans ne vaincront jamais le
peuple de l ’instant.
Le « respir de l’instant »,
toujours le même, nous apparaîtra toujours nouveau, car
notre constant échange et interéchange avec le réseau de l’instant
est tout simplement en exercice d’équilibre
avec l’axe
de « ce qui est. » Et seul, nous devons découvrir par
nous-mêmes ce que veut dire « ce qui est ». Dès lors, en
nous, le silence aux yeux de lumière recevra la vie sans en
prendre autre chose que l’amour.
**********************************************************
Simultanément, à notre siècle d ’attachement
et de dualisme, l’ère
du pétrole et de l’autovénération
du « Je », à demi paralysé face à la vie, touche à son
seuil. Le temps de la sourde oreille est ébranlé. Quant à l’édifice
économique qui dépend de la croissance énergétique, lui
aussi, il va rencontrer ses limites.
Les solutions nouvelles ne viendront pas
du marché lui-même mais de l ’homme
sociable, abasourdi par la joie de vivre. De cette mutation
enracinée jaillira l’homme
debout d’où
s’élancera
son envol.
N ’est-ce
point là, tout le mérite de notre époque que de nous aider à
en prendre conscience, tout en étant à la fois, le
compositeur et l’auditoire
d’un nouvel
état de présence. Rien de plus grand, positivement parlant,
que de changer par des actes libres, par une innocence du
cœur et des intentions nobles.
Je reconnais au passage, que le monde
change, Jehan, gaz, pétrole, charbon, nucléaire. Par la
force des choses et par nature des yeux dessillés, il sera
bien différent ces prochaines décennies. Je ne t ’apprends
rien à ce sujet, trop de changements déclenchent une perte d’équilibre.
La nouvelle résonnance vient nous cueillir au fond du rêve
matérialiste. La somme des images et des concepts que nous
nommons réalité ne sera plus.
Il nous faudra trouver de nouvelles
coproductions conditionnelles, de nouvelles formes sociales,
de nouvelles stabilités. En fait, nous ne pourrons plus
rester indolents et rétifs à notre changement et à l ’indispensable
coalition des différents peuples. Pour ce faire, nous
disposerons d’un
tout autre genre d’énergie
que procurent le culte et la garde du « moi ».
Et comme certitude : l ’homme
ne pourra plus se refuser à la vie, à l’hiver
et à l’amour.
Pour peu qu’on
lui donne du sens et de la création, le Renouveau Social se
fera dans la coexistence et le partenariat des cultures où
chaque culture préservera son identité, offrant ainsi à l’humanité
le don de ses différences. De ce fait, de multiples aspects
sont encore à découvrir à propos de l’intelligence
de la vie. Ce n’est
qu’ainsi
que l’homme
vivra au repos de lui-même, par une participation consciente
à une évolution autre que celle d’un
« petit je » qui n’a
de cesse de chercher des stimuli à tout bout de pensées pour
nourrir une coproduction conditionnelle affamée de « moi ».
Il va de soi que pour le moment, les
forces qui coproduisent nos conditions humaines ne
cohabitent plus avec l ’impulsion
créatrice de la vie et cela creuse un fossé qui nous
projette dans une fragmentation active dans les complexes
aspects de la vie quotidienne que nous avons créés et dont
nous tirons tous nos malheurs.
Voilà, aveugles ici et sourds à l ’autre
bout du monde, où tout est gêne, aussi intellectuels et
ignorants que la masse de nos savoirs aigres, nos aptitudes
au changement ne se réaliseront ni par la pensée ni par un
quelconque miroitement d’une
vérité du passé dont le moi s’enjouerait
sans égal. Dans une telle optique que celle des années à
venir, seule une relation consciente avec les forces de vie
nous accomplira d’actes
de vie avec notre milieu naturel. Et cette présence sacrée à
la vie ne sera en rien une expérience mystique où une quête
du savoir reposant sur de blanches épaules du passé. Ce qui
transforme l’existence,
c’est notre
présence au souffle de « ce qui est » d’où
vient le rêve de vie. De toutes parts, réalisons nos rêves,
Jehan. Dès maintenant. Sommes-nous assez fous pour cela ?
Oui, il semble bien que oui.
Par ailleurs, dans le domaine de la
compréhension et du sens de la vie, il n ’y
a qu’un axe
actif du monde. C’est
un monde à redécouvrir à l’intérieur
de notre vie intérieure. Un monde aux mains ouvertes, sans
explications, dont les rides racontent une histoire d’amour.
Cette part de découverte, cette qualité de présence, n’est
pas une propriété de la pensée, de chiffres, de carrière, d’indéboulonnables
probabilités ou de croyances en des Dieux qui renvoient
jusqu’à l’extrême
clôture mentale ouverte à tous les vents.
Prenons avec soin de la distance, Jehan,
je te prie. Brûlons tous nos diplômes amassés durant notre
pèlerinage. Voici du feu… Redevenons consciemment des poètes
hors la loi. Réintégrons de ce fait, le mouvement de notre
esprit. Que de fois, ce feu a su nous ramener à « ce qui
est », nous rappelant ainsi immédiatement à nos intentions
pures. Désobéir est nécessaire à l ’évolution.
Retirons ensemble les épines cachées qui rendent si
difficiles la condition humaine.
Serait-ce vraiment quand Terre et Ciel en
nos profondeurs se rencontrent que nous existons vraiment,
le plus simplement du monde, le plus naturellement de la
vie ?
Chaque siècle, chaque civilisation,
chaque génération, c ’est
à chaque fois un apprentissage, une poésie, un élixir, une
grandeur, des guerres, des cultures et des races, un
témoignage, une rupture, une ingérence, une rencontre, un
passé, une continuité, un défi, des liens de sang, de l’effroi,
une séparation, de la tendresse, une mort abritée de
silence.
En attendant, l ’histoire
de l’homme
semble se faire en se défaisant. Etrange fragment sous nos
pieds ! Cela discerné, le conflit de vivre déposé, on
retrouve constamment ces thèmes existentiels au fond de nos
vies : vie amoureuse, solitude, plaisir sexuel,
reconnaissance de « p’tit
je », prestige dans le contexte social, insécurité, maladie,
etc. Il va sans dire qu’à
mesure que nous nous désempêtrons des filets du « moi »,
nous sommes poussés de l’avant
au cosmos. Le voici, il est là. Sentons-le vivre dans nos
cœurs. Il cultive ses étoiles et se souvient de chacun de
nous.
Au-dessus de nos têtes, vu d ’en
haut, cela ressemble à une histoire d’amour.
Vu d’en
bas, depuis l’histoire
de tous les jours, on peut y entendre le choc alternatif et
sans fin de l’évolution
qui rythme les naissances et les morts dans leurs
fondations. C’est
une intelligence avec qui, chacun doit s’expliquer
par degrés, dans ce flux cosmique. Toute désillusion nous
suffise amplement pour évoluer vers la dimension éveillée de
notre présence au réseau de l’instant.
Sur ce thème unique du genre humain, à
ces valeurs en perpétuels mouvements et aléatoires, on
retrouve les tours de force des transitions parentales, de
même que le relais des paradigmes qui selon des niveaux
différents repoussent toujours les limites de la pensée.
J ’envisage
que ces limites se morfondent dans notre société d’aujourd’hui,
sans qu’elles
puissent rien changer en profondeur. Bien entendu, toutes
ces valeurs humaines concoctées par le conditionnement se
modifient, accrochées à des normes filtrées par l’histoire
commune des âges individuels de la vie, comme un essai d’affinement
d’exister.
On doit bien faire avec si nous voulons construire un
nouveau monde. Comprendre cela, c’est
comprendre notre changement, l’accueillir
et l’accepter,
depuis notre premier cri jusqu’à
la mise au tombeau. C’est
l’exploit
de notre vie en quelque sorte.
Je veux dire que, compter dans ses
nombres, pour trouver de nouvelles impulsions sociales
colorées d ’une
intelligente mise en scène, nous devons simultanément faire
l’apprentissage
de l’unification
et de la diversification. Nous ne devons donc plus subir un
passé qui nous perd dans l’immensité
d’un
système à vivre mécanique et attendu. Un nouveau levain doit
prendre dans nos cœurs pour retrouver la destinée du sens.
Nos regards aux étoiles, menons du sens sans cesse à nos
tables et invitons des hôtes à l’intérieur
de notre nef. Après tout, rien de plus merveilleux sur Terre
que de partager un simple instant éternel avec l’un
de nos semblables. Le reste peut t’attendre,
n’est-ce
pas ! D’ailleurs,
c’est quoi
le reste, gagner de l’argent,
le dépenser avec sa femme et devenir un reconnu !
Flûte encore Jehan ! Comprenons que
moitié ici, moitié là, l ’ego,
briseur de l’instant,
a fait son Temps. Il a assez souillé le calice fleuri de la
Terre et du Ciel. La poésie du Grand Monde nous appelle à
reprendre notre lecture solitaire, dans un fracas d’étoiles.
L’entends-tu
comme à l’ouverture
d’aurorale tel
un « Fils de l’Aube »
en Terre Cornouaille. (Récit paru aux Editions de l’Escarboucle).
Allons chercher la vie là où elle, tout
de suite, est sans séparation entre soi et elle. Allons la
chercher avec un engouement qui tient de la création et de
la relation avec chacun des règnes du vivant. Partageons
avec elle notre poésie tridimensionnelle qui se joue de la
mort comme du vent.
Vraiment, le silence, représente une
connexion des plus intenses du vivant, où nous pouvons
maintenir « ce que l ’on
est » dans « ce qui est. » Même si on fait du mieux de notre
mieux pour percer son mystère, c’est
lui qui stimule notre souffle. Sur les bases d’une
entente, j’ai
l’impression
que le silence prend toute notre présence, dans une
disposition d’esprit,
dans un état de présence, que nul mot ne peut rendre à « ce
qui est ». A l’instant
même où je te l’écris…
mon âme bourdonne, mon esprit butine, la vie s’offre
de son théâtre des origines, sans raisons, sans méthodes.
Curieusement, on remarque un rapport
immédiat de notre acte lucide de vie en parallèle avec ce
fameux exercice d ’équilibre
dont je t’ai
parlé et dont la qualité de présence d’esprit
pourrait être définie comme axe du monde. En fait de
complexité, sur cet axe de la relation, tout ce que l’on
tient pour vrai nous fait plus défaut qu’autre
chose. De la sorte que, tout ce qui est vrai ici ne l’est
pas forcément ailleurs et vice-versa. N’est-il
pas d’un
Dieu de ne jamais inventer « ce qui n’est
pas » ! C’est
sûrement pour cela que l’homme
l’a comme
un feu ardent à ses trousses tout au long de son périple
humain.
Tout cela ne vise pas à établir un
conflit entre un bien et un mal, une vérité innée ou un
indésirable mensonge, entre le rôle d ’un
mot et la position du verbe, puisqu’il
s’agit de l’intégration
de l’homme
dans son contexte, de l’intégration
du genre humain dans une Odyssée. Rien ne tient en place
malgré une stabilité permanente. N’est-ce
point dans cette instabilité en mouvement que nous sommes
attendus tels des funambules énergétiques ?
La plupart de nos malheurs naissent de ce
que nous tenons pour vrai à grands cris, et ce avec quoi
nous nous arrogeons ensuite des droits du réel avec lesquels
les misérables « moi » lamentateurs ne peuvent plus
démordre. En fait, apprendre, c ’est
redécouvrir ce que l’on
avait oublié en s’actualisant
instantanément au réseau de l’instant.
On ne sait en fait jamais rien de la vie, ceci est un grand
savoir, Jehan.
Alors qu ’en
accumulant du savoir irréprochable par la pensée, par nos
expériences, nous remplissons un grenier d’ignorance
dans une existence qui nous délie de l’intelligence
de la vie. En tout point, sous nos toits cérébraux et élus,
nous ne nous pouvons plus accueillir l’indéterminisme
du vivant. Le « moi » est un reflet, l’interprétation
qu’il
présume des faits est aussi un reflet. La réalité qu’il
invente pour se sécuriser ne se laboure ni ne se sème.
Demandons-nous sincèrement si vraiment
nous pouvons accueillir l ’intelligence
de la vie à ce niveau des reflets ?
Cela nous laisse imaginer par exemple, le
chemin que doit faire un occidental lorsqu ’il
rencontre une culture qui n’a
pas eu besoin de l’écrit
ni des concepts de l’intellect
pour vivre avec son milieu naturel.
C ’est
à croire que pour apprécier, comprendre et aimer l’œuvre
de la création, nous devons examiner en premier lieu notre
propre réalité et d’autant
plus lorsque celle-ci est cause de notre mal être. A cette
occasion, on pourra alors se poser la question : quelles
sont les conséquences de mes actions sur les autres hommes
qui me sont proches ? Et sans nous affecter de la façon dont
ils nous regardent, trouver les moyens bienveillants pour y
répondre. Je reprends intimement tes phrases au contenu
longtemps abandonné : « Qui veut se connaître doit
comprendre ce qui coproduit les actions du moi avec
lequel on bavarde et celles de l’être avec
qui l’on
apprend à écouter ». L’écoute
facilite tant notre cheminement. Toutes sortes de projets
peuvent surgir d’une
écoute attentive.
Oui, et je rajouterai que vit un miracle
de résonnance auprès de l ’homme.
Un phénomène sans attachement nous témoigne un autre prodige
d’accroissement :
être témoin de notre présence à la vie. A se demander
pourquoi nous n’arrivons
guère à actualiser notre être à la nature ultime des choses.
Qu’est-ce
qui préoccupe nos esprits et gonfle tant nos poitrines ?
Notre coprésence à l ’instant
ne passe pas par une analyse, mais bel et bien par un acte
de vie qui ne garde pas une image de lui-même dans le temps.
Là est tout le secret de l’acte
libre. Secret avant tout intérieur. Un secret qui allège n’importe
quel fardeau.
Ah oui, très cher, il approche ce temps
où tout homme mortel ne pourra plus se suffire à lui-même
comme une pépite d ’or
qui s’aime.
L’homme a
poussé si loin l’individualisme,
que déjà, il a amorcé dans sa clôture mentale les processus
de la supernova. Un suicide cellulaire en quelque sorte.
Mais quel apprentissage va-t-il tirer de tous ses
agissements ? Peut-être doit-il réapprendre à jeter les
osselets ? Tu te souviens, de ces osselets qui roulaient
dans la cour d’école.
Quel miracle de l’Existé qui
nous cueille du fond de l’instant,
dans le plus total de notre potentiel. Ah ! Les vérités de
la cour d’école
n’ont pas
de pensées ni de lendemains.
En ce qui concerne les différentes
cultures et les races humaines, elles portent usuellement
une tendance naturelle à se tourner vers l ’une
ou l’autre
des coproductions (conditionnelle ou existentielle)
nécessaire à l’équilibre
de l’évolution
de l’humanité.
Il ne s’agit
pas de juger ces tendances, mais de commencer par comprendre
leur raison d’être
dans l’histoire
des hommes.
Il semble que les vérités du passé
doivent être dépassées, surmontées, transcendées à nouveau,
afin que les peuples retrouvent un nouveau principe vital d ’où
découle l’intelligence
de la vie. Bien que difficile à déchiffrer l’évolution
du genre humain, la vie ne nous permet pas de rester
accordés sur des acquis et en suspens.
Peut-être aussi que le pacte des ancêtres
doit être rompu et l ’héritage
enterré afin de ne plus vivre avec des parentés ancestrales.
S’agirait-il
d’un
tournant qui répond à une loi cosmique ? Nous le
comprendrons sûrement un jour, Jehan.
Les vitres usées
Jehan, demandons-nous ce que nous avons
gagné et ce que nous avons perdu en nous individualisant de
la sorte à cet humain voyage. Parfois, j ’ai
l’impression
que tout pourrait être raconté en un instant. Eh ! Sur la
plupart des tombes, il n’y
a plus de noms. A le sentir ainsi, pareil à des bronzes fait
de gloire éphémère, il ne nous reste plus qu’à
recourir à la vie pour trouver la vie. Allons ! Allons !
bien qu’il
y ait de quoi se dire que nous n’avons
rien compris à l’amour,
prenons-nous la main… le cœur attentif et noble.
Appréhendons notre invention du réel, c’est
le sort des poètes, l’intelligence
du cœur, le parfum même de la vie dotée de sa continuité.
C ’est
une évidence qui s’impose
à travers les siècles comme un grand évènement : le
potentiel de notre remise en question, voir notre désordre
avec humour, tout en bouleversant nos énergies de la Terre
et du Ciel. En quelque sorte, nous sommes enchainés à l’histoire
du monde, sauf qu’aujourd’hui,
l’intelligence
de la vie incite le « moi » de cesser sa posture égomaniaque
afin qu’un
nouvel état de conscience, de forme et de présence, germe
dans le genre humain.
Dans un certain sens, dupé par une
sensation d ’exister,
l’enfant
devient toujours plus adulte et l’adulte
toujours en route vers l’homme
debout. Quelle tension ! Comme s’il
n’y avait
qu’un seul
parti à prendre pour remplir notre partenariat avec l ’ « Existé » :
évoluer à l’à-propos
d’un nouvel
état de présence d’esprit
dont la dynamique serait de voir naître une nouvelle
civilisation, responsable et partenaire de l’ensemble
de la création. Oui, mettons-nous au diapason d’une
révolution intérieure. Aux armes de la conscience, citoyens,
citoyennes, fous et folles de ce Monde à partager. Le temps
est venu de danser le monde au lieu de le penser, de le
mesurer, de le tuer, d’un
seul coup de tête à tous les niveaux de notre vie
quotidienne.
Le reste peut attendre, non ! Ciel
encore, Jehan ! A quoi bon de grâce jouter avec le passé de
la vérité et s ’attacher
à une impression psychologique de vivre.
Quel soulagement pour les arbres et quel
éclairage de vie pour l ’homme
que de muter vers cette lumière qui est en nous. Par bon
sens de la vie, on en arriverait à une civilisation qui
aurait enfin compris combien la politique, l’économie,
les arts, les sciences, la philosophie et les différences de
culture et de race doivent se rejoindre à plus d’un
titre, pour traiter la condition humaine. Tous ces éléments
ne coexistent-ils pas dans la nature de l’homme
comme des intentions qui ont pris vie ? Et ces intentions ne
tirent pas leur origine de la coproduction conditionnelle,
mais d’un
point d’équilibre,
d’une
rencontre fertile entre la coproduction conditionnelle et
existentielle. C’est
bien ce qui nous permet de vivre librement, ce total
engagement dans la coconstruction de cet équilibre.
Une vie nouvelle débuterait avec des
projets, dès lors que les races et les cultures
interagiraient respectueusement les unes sur les autres. En
tout état de cause, telle serait une science de l ’esprit,
pénétrer une réalité qui n’existe
que parce qu’il
y a d’autres
réalités qui la rendent réelle. Une telle interaction entre
ces domaines de la vie, issus de différents points de vue
constituerait un nouveau modèle pour le futur. De la grande
coproduction au plan existentiel, Jehan.
Les représentants des nations ne
pourraient plus être élus impunément pour le potentiel d ’un
show politique comme c’est
souvent le cas, mais pour leurs compétences à suivre un
processus sur les réalités humaines et sur ce qui coproduit
ces réalités.
Déjà, pour sûr, aux prochaines élections,
des têtes de ligne où existe l ’essai
de démocratie coloré de tribalisme politique, soyons
certains que le monde entier aurait instantanément retrouvé
une santé mentale. L’homme
a besoin de retrouver ses racines, c’est
son besoin d’identité
qui est en jeu. N’est-ce
pas du fond du ciel que nous vient l’esprit
du genre humain ? N’y
a-t-il pas mille manières de s’entretenir
avec le Ciel et qui compte parmi les plus fascinantes des
façons ?
L ’égoïsme
national, mondial, ne répond pas à la question d’existence,
et bien que notre époque est peu encline à porter un intérêt
à l’intelligence
de la vie, toute la question est de comprendre ce besoin et
de se redemander où sont les racines du genre humain. Les
hypothèses qui ont émis que le genre humain est l’aboutissement
du règne animal ont été une véritable catastrophe qui
regorge de tares intellectuelles et de souffrances contenues
dans l’inconscient.
Cela détruit le potentiel de l’enfant.
Cela a mené l’humanité
à une torpeur de l’esprit
sans précédent. Ainsi, l’inexorable
histoire de l’humanité
n’arrive
plus à s’oublier,
d’un
souvenir à la limite des terres et des eaux… à l’écoute
angoissée de ne plus conquérir le ciel. Pauvre règne animal
à qui l’on
fait porter une dimension qui ne lui appartient pas.
Parvenus à un virage relevé de notre
évolution, nous pouvons comprendre cela dans plusieurs sens,
Jehan. Et c ’est
sans perdre de vue la première essence d’une
crise, la métamorphose. En attendant d’en
partager avec toi quelques aspects dans cette lettre et pour
revenir à notre siècle, je te dirai, très cher, que je reste
convaincu que les recherches numériques, économiques,
biogénétiques, informatiques, robotiques, ainsi que celles à
venir ne génèrent en fait que du passé de l’humanité.
Un passé sans lequel l’homme
d’aujourd'hui
ne peut plus se défaire pour se sentir exister. Un passé
devenu indispensable à son équilibre actuel. Un passé sans
souffle. Un passé qui ramènera le passé dans son passé.
Tourments.
Perpétuellement, à partir d ’un
centre, il veut obstinément contrôler et conceptualiser ses
interprétations au fracas de la pensée morte. Ce qui crée un
conflit avec le réseau de l’instant,
un frisson cellulaire sous la voûte crânienne.
Ainsi, il est ramené une fois de plus à
son impression d ’exister
et aux élucubrations de son mal être parmi les plus beaux
tourments du genre humain. Nous devons donner du sens à tout
cela malgré la nuit des tombeaux et en dépit de tous les
évènements incroyablement douloureux que l’homme
a pu commettre sur terre.
Bien entendu, malgré son déni coriace, le
processus du « je », ne plaide pas en sa faveur. Au cœur d ’un
monde matériel, le postulat de l’individualisation
poussive a totalement oublié la création de la vie sociale
ainsi que le langage de la joie et du partage. Or, cette
tâche de citoyenneté responsable n’est
pas seule du ressort des politiciens, d’économistes
ou de quelconques gourous des chiffres. En fait de paradoxe
planétaire, je crois même, vois-tu, que l’histoire
de la vie ici-bas sans le genre humain s’ennuierait
à mourir. Cela dit, l’homme
ne fut-il point absent de la Terre pendant trois milliards
et demi d’années ?
Et pourtant, le monde ne s’est
jamais retiré de nous.
A cette infinitude, la vie est un risque,
notamment en raison qu ’Inconnu
et Impermanence frappent à notre porte à chaque instant. Peu
acceptable pour l’ego
et son public insensé comme toc, toc toc ! Entrez, don de
vie, je vous prie. Ô surprise, il n’y
a plus de contrôle. Dans cette mesure, je ne pense pas que l’on
puisse privatiser à long terme un risque, l’assurer,
le vendre et en faire férocement des bénéfices et un
monopole sur la peur humaine.
De toute façon, au-delà de la morale des
siècles à venir et celle du passé de la vérité, si la
frontière de l ’axe
de vie est violée, l’axe
de la terre bougera. Le genre humain sera encore remis au
changement, coûte que coûte, avec comme objectif : retisser
un lien avec la semence première. Geste auguste de l’esprit
tant oublié : celui d’aimer
la vie et de coconstruire avec.
De tous ces faits, la coprésence de la
coproduction conditionnelle et existentielle reste
complètement liée. Ce type de distinction est fondamental
car il révèle du sens à l ’ensemble
et nous replace dans nos responsabilités. Cela peut nous
permettre de comprendre ce qui pousse des peuples, experts
en communication paradoxale à en exterminer d’autres
pour ensuite chercher des remèdes à ces mécanismes de
destruction récurrents.
Alors que les problèmes à résoudre s ’accroissent,
que la matérialisation du vivant engendré par les sciences
du « moi » s’étendent
dans la sphère sociale ; il est regrettable de constater que
les représentants des grandes nations dans l’ombre
des manitous de la privatisation ne veulent pas d’un
partenariat avec l’intelligence
de la vie. En témoigne encore le sommet de Copenhague en
2009. Et le protocole de Kyoto ? Les pays pollueurs n’ont
pas voulu signer. Va savoir pourquoi ? La question se pose
avec grande acuité. Le mensonge est quelque chose d’immense.
Il tient suspendu sous des feuilles qui cachent l’arbre
qui les porte tout en faisant croire à un vent léger sous
les branches.
****** ***
Vois-tu, cher ami, une fois, visitant l ’abbaye
du Thoronet dans le Sud de la France, une guide s’est
posée avec son groupe à la croisée des transepts. Ensuite,
toute en grâce, elle a murmuré avec amour des sons qui
envahissaient tout le vaisseau de pierre dans le but de nous
faire partager les capacités de l’art
roman. Ainsi, elle marchait à pas de moine dans la croisée,
la louange dans le cœur, et émettait dans l’espace
des sons cristallins, ce qui donnait de l’altesse
à chaque membre du groupe qui écoutait avec l’émotion
des apprentis. Soudain, les sons musicaux venaient de
partout comme s’ils
venaient d’un
centre d’énergie
dépourvu de centre, mais que d’acumen.
Tout cela t’aurait
enchanté mon ami.
Et voilà, impossible de déceler une
source quelconque, le bon sens de la vie m ’indiqua
de partir à la découverte de processus par l’intermédiaire
d’où la vie
émerge. Tous mes sens étaient en activité et rassemblés. Mon
être résonnait comme un essaim d’abeilles.
Tout au fond de mon esprit, pris dans cette chose de vie, j’avais
l’impression
d’assister
à la naissance du maintenant et de m’éveiller
à la nature ultime du néant.
Qui plus est, en sortant de l ’abbaye,
j’ai
conservé en écho dans mon cœur, l’admirable
voix de cette guide, la clairvoyance des pierres, des sons
et des proportions qui avaient activé dans ma vie intérieure
une nouvelle perception.
Telle construction permis cette
incroyable diffusion sonore qui relevait selon mon action, d ’un
sens et d’un
lien commun fondamental. L’intention
humaine du guide et l’harmonie
de l’édifice
créèrent une action d’être
qui m’avait
propulsé dans un néant. Le rien prenait vie et mon espace
individuel avec. L’intentionnalité
était vie. Le seul prétexte était la vie, sans se faire
« moi », intellect, pensée, ou centre de savoir.
En fait, l ’harmonie
avait coopéré. La guide nous a fait faire l’expérience
de la cohabitation de l’homme
avec un partage et un ordre naturel.
Je veux dire par là que, et l ’écho
et la concordance sont altièrement présent partout, à chaque
instant. La coproduction existentielle, c’est-à-dire
l’interdépendance
de la vie est pure harmonie, dynamisme, partage,
partenariat, cohabitation, énergie, axe du monde.
Suite à cette intensité de vie, je me
suis aussitôt dit intérieurement tout en vagabondant dans
les garrigues, que dans notre société qui n ’est
en fait que l’authentique
reflet de ce que nous sommes, si nous pouvions, chacun à
notre manière avoir une qualité d’intention
en relation avec l’harmonie,
alors des forces d’amour
agiraient dans tous les sens, tout comme l’avaient
fait les sons sur l’auditoire.
Tout se trouve encore et encore dans ce quotidien, notre
grand compagnon de route, qui dissimule une réalité plus
profonde que le simple nous-mêmes.
Et ces forces ne seraient pas le fruit de
normes raides, de lois ou de quelconques productions
intellectuelles du dernier secours, qui ont réponse à tout
et qui ne résolvent rien, mais simplement d ’intentions
vivantes. Des intentions à la capacité de résonnance, de
simplicité et d’expression
de « ce qui est ».
Mais voilà, narcotisé d ’intellect
à souhait, il nous faut balourdement devenir dans le
système, comme être apte, battre, combattre, comme être
complice d’un
processus d’individualisation
où l’homme
préfère renforcer son « moi » plutôt que d’ouvrir
son espace individuel en vue de parvenir à un nouvel état de
conscience de son contexte de vie.
Puis après avoir fait retentir l ’airain
de la comparaison, gardiens de nous-mêmes, il nous faut
répondre au pourquoi nous sommes là, par une analyse qui
décortique, sans même s’arrêter
sur le sens relationnel du « moi » avec le monde. Allons,
cette démarche nous relie à un exil cervelesque dans un
marais immonde de la pensée qu’un
long deuil admire.
Le plus difficile, pour nous, les biens
portants de l ’Occident,
c’est de
rendre conscient le conflit entre la coproduction
conditionnelle et la coproduction existentielle jusque dans
ses racines et d’y
répondre par un acte de présence.
Ceci pris en compte, le manque d ’argent
dans nos poches ne produirait plus autant de peurs, de
territoires à jalouser et à envier. A partir d’un
travail d’investigation
et d’une
présence d’esprit,
libéré de ce conflit du « devenir et de l’espérer »,
l’homme n’aurait
plus besoin de piller ce qu’il
voit, soit par ses paroles, par ses pensées ou par ses
actes. Bien sûr, me diras-tu, tout cela dépend de l’individu
et de la complexité de son évolution, pas d’un
contexte de vie artificiel, et encore moins du temps qui
passe après avoir dansé avec le passé.
Je suis bien aise de dire que le « je »,
rusé, enflé, élevé en « fût du peut- être », n ’aurait
plus à attendre la fin de journée de son travail ou la fin
de la semaine pour se sentir lier avec la paix de la nature
ou à rechercher d’autres
états de ce genre par des activités qui se chamaillent avec
la chimie de son cerveau. Doit-on rêver sa vie en fin de
semaine ou pendant les vacances et projeter sans cesse une
impression d’exister,
dans une vie qui n’existe
pas ?
Chacun a son histoire, le monde d ’aujourd’hui
a aussi un très long passé qui s’étire
jusque dans la nuit des temps, sans quoi, la partition ne
pourrait continuer de s’écrire
jusqu’à l’infini
des mondes, et j’aime
répéter qu’un
principe d’évolution
commence par rejoindre la réalité identitaire de l’autre,
si misérable peut-elle être, parfois dans nos dures
conditions de vie ici-bas.
Un homme rejoint dans sa réalité, quel qu ’il
soit, d’où
qu’il
vienne, change, car une étincelle est survenue à l’intérieur
de lui, et de ce fait, d’autres
étincelles viendront à son cœur par surcroît. Le principe d’humanité
est un principe divin. La coïncidence est si parfaite que
nous ne ressentons guère cet immense amour qui nous relie
des fins fonds des calices de la Terre et du Ciel.
Il est donc folie de craindre le feu de
vie, l ’inconnu
et l’impermanence.
A ce sujet, dans ma lettre, je parle parfois de pensées
mortes ou de sciences mortes. Je veux parler en fait de
sciences qui pensent que la vie est dénuée d’intentions,
de ces sciences qui séparent des aspects de la réalité de la
vie pour l’enrouler
dans les allées et venues de la pensée.
Etrange, Jehan, que de vouloir séparer
deux frères jumeaux que sont la vie et la mort. Les sciences
tirent des fils, certes, mais à l ’autre
bout ne se trouve pas la vie. Il n’y
a ni entrée ni rencontre ni relation avec l’humanité.
Comment continuer de vivre sans se dire
en fin de journée que nous n ’avons
pas pu rejoindre la réalité d’un
de nos collègues de travail, d’un
voisin, d’un
inconnu ou celle d’un
membre de notre famille en y insufflant une semence de
tendresse. En réalité, notre bonheur dépend d’une
seule chose, le bonheur des autres. C’est
évident. C’est
ainsi que nous pouvons retrouver un ensemble à construire et
à découvrir. En attendant, il nous faut extraire ce venin de
la fragmentation en nous et le seul remède est la relation,
notre présence. On pourrait dire que c’est
la part fidèle de la vie quand de son cri muet, elle reprend
ses droits, de nuit comme de jour, délivrée de toute
possession humaine.
La question qui se pose est de savoir
pourquoi l ’homme
est en conflit avec sa condition humaine, en rupture avec
une harmonie qu’il
ne peut ou ne veut pas pénétrer ? Pourquoi sépare-t-il la
perception de ce que qu’il
prétend être la réalité ? Et comme tu le signales si
justement dans ta lettre, il est essentiel d’appréhender
la profondeur de cette question sur autant de plans qu’il
nous sera donné d’investiguer
avec objectif de surmonter la fragmentation que provoque le
« moi » et la pensée qui semble être une seule et même
chose, un seul et même mouvement. Et ce chemin ne passe ni
par la pensée ni par le « je ». L’appel
de la vie nous aurait-il échappé ? Est-ce que l’homme,
par une terrible ignorance, de manière générale, n’arrive
plus à entrer en relation avec la vie autrement que d’une
manière intellectuelle ?
Il va de soi de constater que dans un
premier temps, l ’harmonie
nous parle d’inconnu,
d’incertitude,
d’impermanence,
d’infini,
de néant, d’immensité,
de partage de vie et de partage de mort. La vie est le
maître de l’inconnu
et il ne sert à rien d’avoir
peur d’elle,
car la vie est amour. Demandons- nous Jehan, pourquoi
évitons-nous ou fuyons-nous l’amour ?
Alors que nos pieds sentent le sol de la Terre mère, nous n’en
savons toujours rien. Et si le destin nous sert de fatalité,
alors le défi est à relever. Nous le portons en nous à la
seule vue de tous les instants.
Il n ’y
a guère que la pensée dénuée de vraisemblance pour inventer
des Dieux fixes et barbus cachés derrière les nuages, n’est-ce
pas ! Ainsi, une fois que les distances sont instaurées par
la pensée, tout indique que le « moi » se miroitera dans
cette limite nuageuse comme un centre qui donnera de la
surface mesurée à la profondeur perçue. Les croyances et les
surimpressions suppliantes tiendront lieu de vie et l’homme
en fera une croisade et un modèle unidimensionnel
restrictif. Rien de plus restrictif dans une quête d’épanouissement.
Quant au système dans lequel nous
naissons, nous grandissons, nous apprenons, nous nous
réalisons, les normes, qu ’elles
soient scolaires, éducatives, politiques, parentales,
sociales, amoureuses, nous parlent d’ego,
de possession, de passé, de gloire, de compte en banque, d’encombrement,
de commémoration, de devenir un quelque chose déjà mort. C’est
le cachot mesquin. La ligne de cœur est courbe, avant même
que l’acte
de nuit et de jour soit contemplé. L’expédition
menée contre l’ego
commence en nous-mêmes, par une présente caravane humaine.
Ce premier geste brillant de conscience qui ira jusqu’à
l’infime
geste de mourir gagnera avec une joie impétueuse le grand
mouvement de la vie. Le Grand Saut, Jehan…
Tout d ’abord,
c’est à
partir de ce gargouillis dégagé par les pensées objets que
nous pouvons agir sur notre manière d’être
collectivement, en essayant d’identifier
ce qui serait d’une
répétition compulsive de ce qui est inédit et bon pour l’ensemble
de la société. Il s’agit
effectivement d’une
prise de conscience importante : le genre humain. Notre
présence dans ce genre de vie. Qu’y
faisons-nous ? Explorons poétiquement cette interrogation,
juste en souvenir de notre voyage, sans y chercher des
réponses qui soulageraient notre « petit je ».
Une des bases fondamentale du conflit est
simple. Exister est en soi une cohabitation avec ces deux
réalités, (coproduction conditionnelle et existentielle)
aussi franches que possibles. Chacun de nous en son for
intérieur peut vivre ce déchirement au sein de sa vie
quotidienne égoïste et matérielle. Il semble que vivre
exclusivement l ’une
ou l’autre
de ces réalités nous enfermerait vers un absolu, donc dans
un conflit, une division, une séparation, une fusion, un
isolement, somme toute, un écartèlement de la vie psychique.
Par conséquence, l’intelligence
de la vie ne peut plus venir à notre rencontre.
Parfois, quand on dit que la vie ne peut
rien pour nous, c ’est
vrai, car à regarder ainsi notre manque d’ouverture,
nous ne faisons vraiment aucun pas vers elle. Le
fondamentaliste religieux, politique, économique, éducatif,
est un exemple de pas croisés. Tel un arbre qui a vu le jour
d’un état
de cause sur l’absence
d’un fruit.
Toutes pensées ou appréciations des réalités absolues qui
sont imposées à des individus, une tribu, un peuple, une
nation, un enfant, est une forme de fondamentalisme qui
englue la vie de l’esprit.
Et malheureusement c’est
contagieux.
Tout aussitôt, ce conflit se réalise,
jour après jour, quel est-il ? Essayons de faire l ’expérience
vécue de ce conflit et trouvons le correctif grâce à un état
de conscience libre qui oscille dans le réseau de l’instant.
Si toute chose a sa raison d’être
sous des formes diverses et contradictoires, déliée ou à l’écart
de cette raison immédiate, une étude attentive de notre
comportement nous montrerait que derrière nos actions se
dissimule un conflit existentiel que nous refusons de
résoudre en dehors de toute rationalité.
Et moins on veut voir, plus nos attitudes
se perdent dans un conditionnement où Intellectus Premier
s ’autoproclame
Roi de ce qui « devrait être », de ce qui « aurait dû être »
et de ce qui ne sera jamais. A cela, mêlé de forces
déchaînées, les intellectuels (l’homme
neuronal), jusqu’à
ne plus sentir leurs pieds adhérer à la terre. La complexité
du réel en est ainsi amplifiée dans un dur labeur de la
mémoire. Mais, celle-ci, n’est
elle pas une mystérieuse collaboratrice à notre évolution ?
Au bout du compte, l ’érosion
des sciences du « petit je » apparaît comme un cheminement
de l’ego
qui masque la sensibilité humaine par un fil à plomb dès sa
conception. Le « je », comme une copie exacte d’une
impression d’exister,
en ce tournant de millénaire, s’isole
face au reste du monde. Voilà tout le drame. La technique
qui se veut insistante, fait l’histoire
à la place de l’homme.
D’un tel
dessein, il est difficile de renier que toutes les babioles
numériques le rassurent avant tout sur un plan
psychologique. L’exemple
du portable qui se veut des droits sacrés est navrant. La
lecture rapide de l’état
de santé de l’homme
d’aujourd’hui
montre que tous ces joujoux ne permettent plus l’interaction
et l’interrelation
naturelle que les hommes pouvaient avoir entre eux et avec
ce qui est doué de vie. Il semble que le message du genre
humain est encore prisonnier dans le corps.
Tout ce plus de l ’Inexisté
qui occupe la place centrale et dominante de la vie sociale
et des cerveaux humains, créé des tensions violentes et font
du mal à tous ceux qui sont activés par de tels rouages. De
boule de neige en parades, le système nerveux s’en
voit même fragilisé, la rectitude intérieure ébranlée, dans
l’exclusion
croissante pareille à une armée d’acte
en guerre dans les forêts sombres de la toile humaine.
Malgré cela, je suis convaincu que cette
époque aura ceci d ’extraordinaire :
nous donner envie de participer plus que jamais à son
changement afin de nous rencontrer avec un regard nouveau. N’est-ce
pas, Jehan. Le démantèlement du passé appelle l’homme
debout et l’appel
est grand. Tu l’exprimes
si bien dans ta lettre, c’est
une occasion rêvée de se transformer et d’intégrer
ce chaos plutôt que de le considérer comme une fatalité et d’en
être une victime. Mettons au défi ce chaos, on avancera à la
poigne d’un
acte de conscience, du même pas que « ce qui est », hors de
toute mémoire. On ne se souvient que dans le temps n’est-ce
pas ! Pourtant, délivré du Temps de l’Inexisté,
tel un fruit automnal résidant dans l’instant,
les mois, les semaines, les années, les jours, seraient
réduits en poussière vivante. N’est-ce
pas la même poussière qui a coloré le noyau qui nous a vus
naître…
Nous sommes conscients de ce conflit
lorsque nous pouvons l ’observer
en nous-mêmes dans le milieu naturel dans lequel nous
vivons. Que nous révèle la relation fondée sur l’instant,
si ce n’est
justement là que se manifeste la source du conflit. Était-il
en fait déjà là ? Et nous, où étions-nous ? Avons-nous une
relation spécifique avec un monde d’harmonie
qui nous entoure et un autre type de relation avec un
système de chiffres et de calculs qui coproduit notre
condition humaine et le temps de l’Inexisté
mémorisé impartie à cette coproduction ?
Le système actuel est un reflet des
siècles passés mais la naissance de l ’instant
a-t-elle vraiment changé ? Le maintenant n’est-il
pas toujours aussi sublime qu’à
son origine ? Toujours le même, sans jamais l’être,
la vie change tout en restant la même. D’où
viennent nos connaissances et notre apprentissage, de notre
juste présence à l’instant
cendré.
Jehan, à mon avis, le mouvement de la vie
dont on porte l ’empreinte,
ne part pas de notre cerveau ni d’un
temps que la pensée suggère au « moi », comme quelque chose
de réel et de mortel. Il n’y
a pas besoin de prouver que « ce qui est » existe, que le
réseau de l’instant
est le prolongement concret d’une
intelligence. Vouloir même le prouver créé la distorsion.
Par ailleurs, n ’est-ce
pas la réponse et le mobile qui nous séparent, d’une
part d’un
nouvel état de conscience à pourvoir et d’autre
part, de notre relation avec l’instant
qui est la source commune de tout ce qui est doué de vie. Le
sens est là, il n’a
pas d’explication
humaine où par surcroît, « p’tit je »
s’en serait
contenter à des fins purement égomaniaques.
Très cher, la nature même du conflit n ’est-elle
pas une rupture grandissante, un embastillement, dans l’une
ou l’autre
de ces réalités, une danse sur le fil de l’ambivalence
où le souffle lent de l’implacable
paradoxe nous rend visite. Ensuite, pareil à un paradoxe
cellulaire, il pénètre notre intimité sans y avoir été
invité. Que de passages incessants d’un
contexte détonant, alimentant un « moi » en quête d’un
devenir, à celui d’une
vie naturelle appelant un « être » à une évolution étonnante
d’humanité.
Tant que nous ne serons pas responsables dans cette étape de
la coproduction conditionnelle, nous ne serons pas libres
dans la coproduction existentielle, et vice-versa. Les
polarités ont un sens, elles sont un lieu de rencontre.
Regardons les peuplades qui vivaient en
accord avec la nature ainsi que leur système tribal… Que
sont devenues aujourd ’hui
leurs mœurs, leur Ciel de verdure, suite à la rencontre de l’homme
blanc ? Ce qui leur semblait réel dans l’espace
s’avérait
réel hors du temps, n’est-ce
pas. C’était
des peuples de traditions orales qui ont eu un sentiment
très profond de la vie. Ils n’avaient
pas besoin d’Intellectus
puisqu’ils
faisaient partis de cet état extraordinaire de l’Existé.
Hélas ! L ’intellect
est un poignard judéochrétien, tel un obstacle à la
compréhension du réseau de l’instant.
Et nous ne l’avons
toujours pas compris depuis notre tête d’eau
que nous avons « impérialisée ».
Les liens de ces peuplades avec la
coproduction existentielle déterminait leurs règles de vie
alors que chez nous autres, les « dits bien portants », c ’est
tout ce qui se situe dans notre coproduction conditionnelle
qui dicte nos lois et exécute nos règles, ce qui nous
conduit à des points fragiles de la condition humaine. Au
point où les ambivalences attaquent l’espace
individuel ligotant le « je » à ce qui le coproduit. De là,
naissent toutes les sciences sociales, les analyses, et tout
le reste de l’orchestre
de la fragmentation, mais demandons-nous honnêtement, Jehan,
si tout cela insuffle de la vie.
On peut s ’imaginer
le choc des cultures et ô combien ces peuples au goût du
sacré ont souffert devant l’invasion
de nos systèmes dépourvus de liens avec l’Existé.
Nul doute, les mythes des peuples archaïques ont tant de
chose à nous apprendre sur le langage et les mystères de la
vie. Ils ont tournés en tête sur les rouets de la vie.
Et inversement, que sont devenus tous ces
systèmes attrayants qui à leur apogée se sont séparés de la
coproduction existentielle. Rappelons-nous, Rome, Grèce, les
guerres mondiales, et ceux d ’aujourd’hui,
ceux à venir, que deviendront-ils ? Mêmes tous les courants
qui prônent la santé, le bien-être, le spirituel, les
religions, ramènent dans la coproduction conditionnelle.
Cela saute aux yeux ! Plus il y a de mouvements plus il y a
de chaos… de propagande, de marketing, plus on fait des
efforts, plus on suit des méthodes, plus on renforce une
coproduction conditionnelle qui déséquilibre l’axe
de la rencontre.
Libérer le passé de son passé ne signifie
pas déplacer le passé dans le temps et faire croire à la
subite apparition d ’une
énergie universelle.
Quels genres d ’hommes
et de valeurs sont coproduits à notre époque ? La situation
est claire, quel bien commun de l’humanité
est en jeu ? Quelle partie de l’évolution
de l’humanité
n’a pas été
saisie, non pas seulement sur le plan de la condition
humaine mais sur le plan de l’esprit.
Dans l ’azur
d’une ou l’autre
des deux coproductions, c’est
de toute façon toujours le ciel qui disparaît. Le « je »
montre du doigt l’Orient
tandis que l’intellect
lui cache l’Occident
et vice versa, et là, dans cet espace flou, s’immiscent
toutes les zones d’ombre
du genre humain. Des zones que nous devons franchir dans
notre vie, dans notre relation avec le monde et avec tous
ceux et celles que nous croisons au carrefour des rencontres
humaines. Dans cet espace de la relation, nos méthodes ne
nous serviront à pas grand-chose si ce n’est
nous renvoyer dans une clôture mentale aménagée de traités
et de concepts sur la vérité.
En fait de science et de technologie
supérieure dont le point de départ a été sans doute d ’améliorer
la condition humaine, n’y
a-t-il pas eu aussi ce désir d’apprenti
sorcier de vouloir s’approprier
l’intelligence
de la vie par un système de pensées, de contrôle, de valeurs
et de normes qui pour parer à l’avoir,
nous a mit en conflit avec nos projets de vie, nos projets d’être,
qui dépendent en premier lieu des projets de nos semblables
et de tout le reste du monde.
J ’avoue
que les technologies nous ont fait découvrir une communauté
matérielle infiniment séduisante, au moins sur le principe d’apparence
de ses multiples côtés pratiques. A savoir si cela
correspondait à un besoin, c’est
une bonne question. Qui avait vraiment besoin qu’il
en soit ainsi ? Le globe de l’intellect ?
En effet, le « p ’tit
je » est désormais occupé et préoccupé à souhaits, il l’exprimera
sous des civilisations, des cultures différentes, des
gouvernements différents…. Mais ce « moi » n’est
en rien unique, c’est
le même « moi » qui saccage et qui détraque la réalité.
Il est fondamental, Jehan, que nous nous
arrêtions sur chacune des sciences aux talents de séduction
qui promettent solutions miracles et facilités immédiates.
Elles portent toutes une ambivalence qui n ’est
guère prise en compte dans les processus d’investigation
d’une
découverte et de son application. Les sciences actuelles
semblent véhiculer des traits caractéristiques de la
conscience humaine, avec un langage commun, sur lequel, l’homme
s’oriente
comme un instrument ambigu d’une
pratique intermédiaire avec l’Existé.
Et cet intermédiaire est un objet sans équilibre de vie. Où
est le projet de la cohabitation et du partenariat avec nos
semblables ?
Quand l ’image
de la vie devient fragmentée et linéaire dans le contexte
social, tout aspect du monde devient une triste analyse d’une
cause sans issue. Le « moi » s’empare
alors d’une
douleur de vivre, d’une
image de lui-même dépendante de la fatalité, identique à un
écho de la mémoire qui lui rappellera alors une affliction
du passé. Un temps en résurgence fige le réseau de l’instant
et se chamaille avec les autres « p’tits je »
dans un temps de l’Inexisté
sans équilibre de vie. Le cercle infernal des ruptures et
des douleurs enflamment alors les couples, les vies de
famille et la vie sociale. L’eau
de source ne coule plus vers la mer…
Voyons, si une science modifie une graine
parce que celle-ci est fragilisée par un insecte ou une
bactérie, nous sommes-nous posez la question de la raison d ’être
de cet insecte ou de cette bactérie dans le système de vie
dans lequel ils évoluent ?
Tout d ’abord,
l’interaction
entre l’insecte
et la plante était peut- être porteuse d’un
sens, donc d’un
équilibre avec un système de vie qui lui est propre et
interactif. Dans ce sens, si nous modifions quelque chose et
que nous le sortons de son contexte de vie, la dimension
scientifique devrait être soumise immédiatement à une
commission d’éthique
par le biais d’une
science de l’esprit,
c’est-à-dire
une science de l’ensemble,
ceci, afin d’éviter
des déviations, des situations à risque pour la santé de l’homme
et de son environnement.
Si nous changeons les intentions de la
vie, il se conçoit les empires des fragmentations qui se
répercutent logiquement dans le genre humain.
Les classes dirigeantes ont d ’énormes
progrès à faire dans ce domaine afin de ne pas laisser des
manitous et des Lobby (groupes de pression organisés qui
pèsent sur les décisions économiques et politiques), nuire à
l’équilibre
qui maintient la vie de notre planète. Il est vrai que
parfois, il est difficile de discerner qui est qui, et vrai
encore que les intérêts de trafic d’influence
et les profits de clientisme que font les grandes nations et
ses organisations non gouvernementales se font aux dépens de
l’intérêt
général.
Etant donné que la vie n ’est
pas une source de donnée « intellectualisable », à notre
époque où l’on
intellectualise tout ce qui bouge, à chacun de nos pas, le
conflit en pleine inconscience est devenu incontournable,
croissant et immédiat, régional, national et mondial. Et c’est
tant mieux, tout le monde peut désormais comprendre qu’il
existe autre chose qu’un
reflet de lui-même à analyser et à considérer, du moins, je
l’espère,
Jehan.
A quoi bon un tel centre de sciences qui
veut tout contrôler à partir de techniques qui remplaceront
tôt ou tard le bon sens du vivant par une toilette
intellectuelle ! Revers consternant d ’une
invasion de réalités abstraites pensées pour alléger la vie
de l’homme.
Voici que le bon sens même d’exister
est mis en danger par des hommes qui se sont crus
intelligents.
La propriété intellectuelle et physique s ’emploie
pour souligner un côté éphémère du système de la
coproduction conditionnelle qui alimente une prolongation de
notre séjour sur terre, dans le temps et dans une
accélération de ce même temps, ce qui met l’homme
sur un rang où il lui faudra aussi servir l’intérêt
de ce dit service qui donne du fil à retordre aux chiffres,
ce qui n’est
pas forcément incompatible, convenons-en, à servir aussi une
politique sociale.
Toutefois, le lien de sensibilité qui
unit les hommes et les générations est comme rompu, si je
puis oser le dire ainsi. Les liens sont à renouer pareil à l ’instabilité
d’un nouvel
équilibre auquel nous devons nous tenir ensemble. Le sens du
bonheur se manifeste dans la cohésion de l’ensemble.
Le grand bonheur, c ’est
qu’il nous
faudra plonger dans ce constat si nous voulons régénérer une
vie sociale qui ne soit plus expérimentale, simplement
technique ou émotionnelle. Il y aura du travail intérieur
pour tous, et c’est
à mon sens, indépendamment du prix à payer des conséquences
futures, que du bonheur.
Faisons-nous à l ’idée,
Jehan, que « ce qui est », s’oubli
dans le réseau de l’instant.
Permets-moi d’insister
que c’est
dans cet oubli que se trouve la source de toute chose. N’est-ce
point là que la vie se poursuit en nous, là où nous n’avons
qu’à être
le plus simplement du monde. La propriété de soi n’existe
pas, l’air
bon, ridicule, gros ou pensant non plus. Peine perdue de se
dire que l’infini
ou l’instant
sont connaissables ou ont une explication à révéler, si ce n’est
la nôtre, à peine perçue. C’est
cela le bon sens. Et cela exige de la présence « à ce qui
est ». Une présence qui ne relève d’aucun
centre. C’est
ce qui fait la grandeur du réseau de l’instant,
il n’y a
pas de passé, pas de futur, pas de centre. Il est aisé de
comprendre nos difficultés à entrer en relation avec le
réseau de l’instant.
Parfois, lorsque j ’observe
le flux subtil de la vie quotidienne, je perçois la pensée
morte, le « moi », comme désormais au service de
sous-systèmes de mécanismes comportementaux que des
organismes de l’Etat
alimentent. C’est
un comble de magicien, la périphérie est devenue un centre
qui, comme une force motrice, actionne un fonctionnement qui
nomme l’irréel
afin qu’on
le reconnaisse et qu’on
lui donne vie. D’où
toute l’importance
d’insuffler
de la vie dans le système qui vient de la vie et non de la
seule coproduction conditionnelle ce, pour équilibrer « ce
qui est » de cette première interprétation des faits.
Coupé de l ’intelligence
de la vie pour l’essentiel,
nous sommes ramenés pitoyablement à vivre et à voir la vie
depuis l’exclusivité
d’un
système transformé en des forces centripètes qui ne
distinguent plus l’être
de l’homme.
Dans tout cela, de manière inextricable, nous attribuons
soit des croyances paralysées dans un ciel changeant, soit
un néant mensonger qui borde la clôture mentale.
La souffrance est alors pareille à un
centre qui est observé depuis sa circonférence, et comme
exemple, nous avons ce qui pilote les relations sociales,
les organismes intermédiaires qui comptent, comparent,
archivent, calculent, et distribuent les billets bancaires à
partir de données numériques et de probabilités psychiques.
Cela ne cesse de bavarder, de compter, de calculer, de
penser, de projeter, etc. Tout à coup, nous possédons et
nous voici ainsi possédés, propriétaire d ’un
reflet d’une
coproduction.
Dès lors, les hommes teintés de passé et
d ’émotionnel
douteux ne cessent de s’observer,
de se dévisager, sans raison apparente, comme si leur
attention et intention attiraient un centre inconscient qui
joue un rôle décisif sur leur comportement, leur entourage
et l’histoire
de l’humanité.
Suite au quotidien ardu, si je puis le
caricaturer ainsi, toute injustice sur terre s ’imprègne
alors de réactions simplistes après une lecture expéditive
des faits de la vie. Vient alors l’homme
du petit matin qui s’exclame
ainsi : « c’est
la faute à ceci ou à cela », oubliant qu’il
est lui-même une partie intégrante de cette injustice. Dans
la pénombre, les communautés scientifiques, économiques,
politiques, religieuses, ne manqueront pas de croire qu’elles
sont investies dès lors d’une
mission salvatrice à l’égard
du bon vieux reste du monde. Des sauveurs seront fabriqués,
ce qui renforcera une fuite pathologique normalisée face aux
faits de nous-mêmes.
Dans ce sens, la connaissance et les
croyances sont devenues une entrave à la vie. Je pense Jehan
que les sciences et les religions ne tirent pas leurs champs
d ’application
d’une
science de l’esprit
mais d’une
fragmentation de la vie psychique. Que ce soit du passé de
la pensée ou du passé de la vérité, ce passé fait tourner le
genre humain dans un giratoire intellectuel souffrant. La
raison essentielle de ce malheur est que les hommes donnent
une continuité de leur passé à chaque aurore. Ainsi est
attribué au passé, un devenir, un conflit de normes et de
valeurs qui conditionnent les contraires dans l’Inexisté
4.
Tel est pour l ’être
humain le caractère du Temps Cervelesque qui explique sa
situation actuelle. Il reste encore persuadé que le temps
conçu dans son cerveau le lie à un devenir ou à un mystique
facteur de changement, alors que c’est
ce qui le distingue dans son isolement et dans son
conditionnement.
Il est vrai que nous n ’évoluons
pas tous en même temps. Chacun a son rythme de croisière. Et
nécessairement, cela engendre des quarantaines. Ces tensions
antisociales sont utiles et vitales à l’ensemble.
Notre premier geste est de les rejeter mais nous avons tort.
Les contrastes et les paradoxes qui naissent de nos
divergences et de nos zones d’ombre
ne sont pas là pour que nous retrouvions un passé de la
vérité mais pour nous rappeler que nous devons nous en
libérer sans prendre des médicaments.
Il y a sans cesse un exercice d ’équilibre
à vivre, comme s’il
était le premier instant de notre vie. Un instant sans
souvenir. N’est-ce
point la raison d’être
du réseau de l’instant,
prendre la vie sur son passage. Tout l’art
d’exister
ensemble réside dans l’engagement
que nous avons dans cet incroyable exercice d’équilibre.
Malgré ce phénomène de rupture et de détachement qui nous
éprouve dans notre développement, ce n’en
est pas moins une alliance avec l’intelligence
de la vie.
Tout soin porté à une situation qui n ’est
pas pour notre bien personnel et encore moins pour le bien
de l’autre,
mais pour le grand bien de l’ensemble
nous rend les forces du déconditionnement dont nous avons
besoin pour continuer notre chemin. Ainsi se renouvellent
nos cellules, lorsque nous cessons de retenir.
Dans ce sens, nous évoluons dans la
création de nos relations, dans l ’alliance
de cet équilibre à reconstruire dont chaque instant est
porteur d’une
immense énergie.
C ’est
un principe de vie sans égal qui a fait ses preuves durant l’histoire
de l’homme
et celle de la vie. L’évolution
est une histoire d’Ensemble
dont nous faisons partie, certes, mais sans une conscience
de celui-ci, notre évolution s’arrête
aussitôt. Le passé sombre reprend en main son avenir. Il ne
s’agit donc
pas de devenir un quelque chose ou un quelqu’un,
mais d’être
dans la création évolutive de nos relations. Pour cela, le
« moi », incapable de s’ouvrir
au réseau de l’instant,
doit laisser place à la vie. Dès lors, cessent les efforts
inutiles de la pensée et de l’intellect.
La vie en nous reprend son cours naturel avec une ardeur qui
va jusqu’à
la simplicité et l’amour.
L ’identité
dans ce sens est toujours en construction, en mouvement et
dépendante de ce qui lui permet son développement individuel
qui au meilleur du bon sens, sert les deux coproductions.
Mais si nous sommes au service des deux coproductions,
demandons-nous vraiment s’il
y a quelque chose à atteindre ?
Si la démocratie de l ’internet
permet d’être
au service de l’individu,
il est nécessaire que l’individu
serve autre chose que la démocratie, mais l’Ensemble
qui la constitue. C’est
une manière de servir intelligemment la vie en quelque sorte
que de rendre des comptes de notre développement qui n’est
autre que de libérer du passé de son propre passé.
La vie, sous ses formes les plus pures,
les plus proches, les plus éloignées, les plus complexes,
est contraire à l ’enfermement
de la pensée dans une clôture mentale. Je crois Jehan que
tant que nous n’entrerons
pas en communication avec l’Existé,
cet aspect-là de la condition humaine restera difficilement
abordable et compréhensible.
Comprenons-nous, Jehan, il ne s ’agit
pas de prôner un retour providentiel à la nature, une
quelconque fusion avec, ou de fuir un système hermétique,
mais de déchiffrer où nous en sommes aujourd’hui
afin d’actualiser
ces polarités et de comprendre leur raison d’être.
Ensuite, il serait pénétrant de donner de la valeur aux
caractères exceptionnels des paradoxes dans le but d’y
chercher un exercice d’équilibre
qui sert la vie et non la continuité ou la justification d’un
conflit qui a pris racine dans le fonctionnement de la
structure psychique humaine.
Je crois que la cohabitation, le sens, le
lien, seront le thème central de cette lettre comme une
approche d ’observation
qui nous apprend directement quelque chose de nous-mêmes et
de tout ce qui est doué de vie.
Les forces à l ’œuvre
dans notre société dans la réalisation de nos conditions de
vie et celles de la nature forment aussi un Tout au niveau
de ce que l’on
perçoit quasi tous spontanément de la vie. Cependant, c’est
à chacun de découvrir si c’est
la même vie, n’est-ce
pas ! Nous ne percevons pas tous de la même façon sur l’impérative
nécessité de vivre.
Ordinairement, le « moi », cramponné de
manière générale cherche refuge soit par un surmenage de
travail, soit par des activités diverses en fin de semaine.
Dans quel but ? Pour se ressourcer, échapper à la
souffrance, retrouver un semblant d ’être,
gagner en prestige, tenir le coup dans le système ou encore
pour alimenter les plaisirs du « je ». C’est
là une évidence des affres de notre condition humaine
élaborées par l’Intellect
et d’une
étrange implication émotionnelle de la vie.
Essayons d ’appréhender
ce qui se passe, identifions ce conflit avec de justes
appréciations et jusqu’à
la terreur de vivre, s’il
le faut. Autrement dit, l’état
de notre besoin affectif nous en dira long sur le genre
humain. C’est
bien là que nous devons nous accorder et remettre en
question la somme de nos savoirs.
Le « moi » qui s ’élabore
dans son costume existentiel est une image de ce que nous
croyons être de nous-mêmes. Que suggère cette posture de la
sangsue ? Cette image de dessin animé est coproduite par la
vie dominante du système de la coproduction conditionnelle.
Et sans jamais être le même, le « moi » aux mille facettes
a l’impression
d’exister
et qu’il s’agit
toujours bien de lui. Allons donc ! Le jeu des impressions
et des accoutrements bat son plein. Le grand théâtre de la
fragmentation est ouvert sur le front des âges.
Il y a opposition entre un « je »
hypertrophié dans un système qui le coproduit et une énergie
de vie innée, enracinée en lui. Ce qui créé un dualisme
social pathologique et normalisé guère remis en question car
nous n ’apprenons
pas à nos enfants à coexister avec ces deux dimensions :
celle de la dimension du système qui régit notre condition
humaine décrété d’avance
par des règles et influences de vie du contexte social, et
celle de la dimension existentielle, la béance cosmique dans
laquelle nous baignons, tout entier. Cette dernière est une
dimension qui nous apporte liberté, initiative, épreuves,
espace individuel et amour. L’échelle
des valeurs de ces deux dimensions seraient à examiner de
plus près. Quand au puits qui réunit ces deux coproductions,
nous n’avons
pas d’autres
choix que de plonger dedans.
Le « je », à la rencontre du monde
adulte, ne s ’accorde
presque plus aux merveilleuses forces de vie qu’offre
la nature. Il veut se faire éternel avec la présence des
joujoux de la technoscience, où, infailliblement, il se
verra tôt ou tard condamné à une absence de sens de sa
propre vie. Pourtant, l’étape
du « moi » est un incontournable outil de travail qui permet
de s’insérer
dans le monde en termes des âges de la vie, donc de radical
changement.
Il me semble qu ’il
y a une nuance entre la connaissance d’un
« je » analogue à la pensée bavarde et la connaissance
spontanée de ce qui instaure ce « je ».
Tout ce qui a une coloration du « je »
est harassant et consenti. C ’est
ancré dans nos habitudes et notre mémoire cellulaire, que d’éprouver
pour son propre compte un ridicule de l’image
enclot dans un nid. Vu que le champ individuel est
archicomble de jours qui ne sont plus et de lendemains qui n’ont
jamais existé, convenons-en, il ne reste plus d’espace
pour contempler le Monde, pour se percher haut et prendre
son envol, non pas tout seul, mais avec lui.
Or, cette étape à dépasser du « je »
excessif, n ’est-elle
pas un seuil à franchir pour progresser vers l’amour
de « ce qui est », avec une intensité particulière. Depuis
des temps immémoriaux, oubliant de vivre, de respirer
calmement, nous cherchons des explications à la vie tout
éloigné devant ou tout reculé dans les cavernes du passé.
Or, le voyage de la vie, exige que nous soyons en relation
avec son flux ou réseau de l’instant.
Ce qui n’a
rien à voir avec tout notre vouloir et notre savoir. La
distorsion de l’homme
neuronal est immédiate, la fragmentation subite. Si la vie
se refuse à nous, c’est
tout simplement à cause de notre posture. La vie nous
emporte, que nous soyons os ou esprit. La promesse est là. L’odyssée.
Il est clair que toutes les réponses à la
vie ne se trouvent ni dans le « moi » qui suggère une
impression de conscience de soi et encore moins dans un
cadre de la pensée qui tente de structurer tant soit peu l ’énergie
qui anime l’âme
humaine et ses alentours, par des sciences qui rassurent la
cohorte d’Intellectus.
Il nous faut porter notre présence ailleurs, tout en sachant
que ce que nous cherchons, commence en nous-mêmes, Jehan,
dans les amours buissonnières. Ah ! L’école
buissonnière a toujours été une faiseuse de miracles. La
récréation avait bien pour but de nous dépouiller de tous
ces savoirs somptueux.
L ’intention
pure, neutre, possède déjà, avant sa manifestation, son
propre mouvement, son propre rythme musical. Allons, allons,
tout est là, d’ici
à maintenant, soyons seulement en présence, en contact, en
relation, en silence, frère Jehan. Tout dépendra de la
manière dont on va accueillir dans nos cœurs ce mystère d’amour.
Oh ! « silencé », le voici qui vient se faufiler dans nos
partitions de vie. Serait-ce l’occasion
d’écrire
quelques ritournelles, et d’écouter
les arbres ?
1 Coproduction conditionnelle :
forces qui façonnent, conditionnent et déterminent notre
situation humaine et notre comportement dans le système.
Coproduction existentielle : Tout
ce qui est doué de vie, qui n ’a
pas d’entité
propre ou autonome mais qui existe parce qu’il
y a relation avec la vie. Forces qui nous tissent dans la
trame de l’Existé.
2 : Moi, « p ’tit
je », je, « moi enflé », pensée morte, sont des synonymes.
Ils expriment une impression d’exister
à partir d’un
centre qui enferme celui qui devient propriétaire de cette
impression dans une clôture mentale.
3 : Intellectus premier : Energie
bazardeuse qui renforce « p ’tit
je ».
4 : Inexisté : phénomène irréel de
la vie psychique que le « moi » s ’empresse
de faire exister.
L ’espace
individuel
Le deux décembre 2010.
De ce jour à la posture du recul, une
poétique de l ’espace
comme nouvelle compagne, c’est
au son éclatant des cloches de la merveilleuse paroisse
protestante d’Yverdon
que je suis allé guigner la statue de Pestalozzi. Ding !
Dong ! Ding ! Dong !
Pestalozzi est représenté par un immense
bronze sur la place du château où deux enfants, à ses côtés,
un livre ouvert en harmonie avec ses projets, manifestent
ensemble une noble mission. Un noyau rassemble l ’espace
individuel et la mission me rappelle l’union,
une totale union. Il n’y
a pas de sauveur, juste des hommes sincères qui veulent
rester debout.
Je profite d ’habiter
provisoirement cette charmante petite ville située au pied
du Jura pour rendre hommage à ce grand homme et pour finir d’écrire
cette trilogie Celte qui me tient à cœur et probablement
encore en vie. Pour sûr, je fêterai mes cinquante ans avec
la dernière partie : Lettre à une femme pas comme tout le
monde. Je n’omettrai
aucun état d’âme
qui pourra donner à ce travail les caractères de son
authenticité. Quitte à exister, je continue de vivre à fond
avec l’audace
qu’il se
doit, celle d’écouter
dans l’état
lui-même de ce que dit le cœur.
Jadis, je t ’avais
parlé de ce pédagogue Suisse qui fut à la base de l’éducation
moderne et ô combien j’étais
resté toujours admirateur de tel type d’homme
dont le courage et la force d’être
vrai permirent de déplacer des montagnes. A voir, mamelons
de terre et de roche sont toujours restés en mouvement. Sans
vouloir tracer des parallèles éloquents, nous voyons bien qu’être
partenaire avec ce « qui est doué de vie », restera la
richesse même de l’acte
d’exister.
Nous apprivoisons le changement en nous diversifiant à l’infini,
n’est-ce
pas Jehan !
Quant aux savoirs déguisés par des têtes
organisées aux heures passagères, ainsi qu ’aux
processus de cognition qui n’ont
aucune grâce poétique sur la scène sociale, je confirme pour
la millième fois qu’ils
ne sont ni utiles pour la connaissance de soi, ni pour la
pratique de la vie. Dans la plupart des cas, les savoirs ne
font que ressortir nos sévérités dans un monde défini par
les stades de notre développement, qui, fondamentalement,
montre le désaccord immédiat du genre humain avec sa
condition humaine.
La pensée morte a créé un monde de désarçonnés de l ’instant,
une façon de penser sans souffle, un vocabulaire, une
syntaxe, des sciences, des normes, certes, mais cette mise
en commun mérite toute notre attention et interrogation.
Nous protège t-elle de nos folies ? Non, la folie ne
contient pas.................
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