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courrier des lecteurs

Accroché aux ailes d'un ange

GENRE : Récit littéraire sur un thème existentiel de toute beauté. 

    De la source du Doubs jusqu'à la mer océane, Bocampe sur une coque de noix nous entraîne dans un monde tendre dont lui seul détient les secrets. Encore une découverte!

Format 20 sur 13, brochage dos carré collé-rogné trois faces. intérieur 103 pages sur papier astrid écru. Couverture d'Olivier Blandenier.
ISBN 978-2-9700540-7-8

Prix : 22.- CHF (14 euros) port compris.

 


(Coup de cœur des libraires et lecture en ligne par Charlotte Etasse

              Chapitre                          

 Sur un arbre perché 

Bonne mère ! Cinquante-neuf ans, déjà. Je ne vais pas me plaindre,  surtout que cela va des mieux. Effectivement,  en cette année qui déroule la limite entre le monde et moi, je suis éprouvé à l’excès par ce roulis de vivre qui me charme l’esprit. Entre la Bourgogne et la Suisse, je veillotte sous le fer de ma conscience, toujours sursaturé de solitude dans la vaste campagne de France. Ouais ! ce jourd’hui est bien différent des autres jours. Figurez-vous que je robinsonne  dans un des endroits les plus froids de France.

       Aglagla ! Aglagla ! Pas tant que cela, les températures des saisons changeraient-elles aussi bien que nos maux s’agrandissent ? Le comportement de la nature ne cesse de nous le montrer, mais nous ne  voyons pas grand chose, nous autres, les regrettés du XXIe siècle. Et cependant, on voudrait nous faire croire à la pollution, alors que la terre est un « être » en devenir. Un « être » qui change,  un « être » qui porte dans l’espace et pour un temps d’une admirable justesse, le mystère de la vie et de son infini. Allons ! Allons ! Scientoche et écologiste ! Allons !

       Où ?  Sans attendre, voilà mon bonheur, révérencieux envers cette journée qui inspire, je suis dans une clairière qui brille dans la forêt pour découvrir des sujets qui me rendent la vie. Diquinquin ! c’est que j’en ai soupé du parcours biographique. Si vous saviez cher lecteur ! J’ai tant besoin de vie pour exister. De vie ici, de vie de là, maintenant. 

       Ces derniers temps,  dans ce pays de la syllabe magique, les vents ont fait la farandole du pampero. Quel pays que celui-ci ?  Syllabe non ! En avant garde des consciences autant que nous le pouvons !  Ô les fous du vivant !  

       Oui, présent… je suis là. C’est à dire que je viens juste de passer les tourbières. Ce que je sais, c’est qu’en tous les cas, je me trouve à plus de 900 mètres. Et pour tout vous dire, cela ressemble fort au pied du mont Risoux, près du village de Mouthe, non loin de la frontière suisse.  Juré, promis Jura, par tous les Messieurs de Baumes ! Comment vous le dire ? Ne soyez point confits dans votre tête d’eau. Ecoutez plutôt, Mesdames, et donnez à vos cœurs un peu de temps pour une lecture susceptible d’accrocher vos hommes. Franc comme l’oie, je vais vous aider à tourner ces quelques pages.  Je le désire autant que votre curiosité.

        Récemment, dans un paysage embruiné, sur le tablier des rives, j’ai rôdaillé près d’une riviérette glissante dans les bois. Vous savez, à la manière des romantiques franc-comtois. C’est une eau non souillée, si fantastique avec ses cascatelles et ses arbres fracassés en lisière, que je n’ai point besoin des superstitions pour narrer les effets bénéfiques de l’eau.  De toute façon, je suis si détendu que l’on peut me confondre avec une algue filamenteuse ramifiée d’eau douce. Mais ne vous y trompez pas, c’est bien moi ! 

       C’est que, sans fée verte dans le sang, j’ai appris à lui causer avec mes tripes, à mon cours d’eau de douceur berçante. Je lui  évoque les voyelles et les consonnes qui sont si chères à mon cœur. Que ce soit en amont ou en aval, bien qu’elle n’ait pas le même regard, elle m’écoute penser sur les berges creusées.  Et ce jour de tant d’à-propos, rien n’est plus beau pour moi que lui parler à l’infini, sans me soucier des qu’en dira-t-on. Oui,  même que je suis monté sur les plus hautes branches d’un sapin de chez nous, pour la voir et lui parler de toute ma cime. Je me suis discrètement  infiltré dans l’exquise discrétion des hauteurs pour nouer connaissance.

      Soulevé, soudain, j’entends les afflations et le bruissement des feuilles comme voisins des apparences. Les yeux rigoleurs, rivés sur cette féerie des ondes et conscient de leur grandeur, je découvre ainsi l’accroissement de ma conscience. Doux, sans bouger, je roule avec elle, dans ses tours et ses détours. Je désenveloppe ainsi quelques pensées sur sa nappe d’eau. On pourrait me prendre pour un fou. Dis donc Doubs ! Que fait un homme de mon âge perché là-haut ?  Mais comme si peu de monde sait ce qu’est un homme, je vous rassure : tout est normal. Mon humanisation flotte en l’air et plaît aux anges.  Je respire bien à l’aise sur ma branche. L’eau aussi respire. Je me demande même si elle n’est pas incapable de mort ! Du moins, elle ne semble pas en garder le souvenir.

       Dans un spectacle, aux premières loges, j’adapte mon souffle à sa respiration. Je respire avec des petits flots de pensées. J’emporte avec moi, un brin d’enfance, un bateau en papier, une coque de noix.  Allez ! Va pour le bateau en papier. Capt’ain courage monte à bord  de cette frêle embarcation. C’est ma condition humaine d’homme qui vieillit et je ne vais pas m’en affliger.  Au contraire, mon vieillir est paré à toutes épreuves.

      Ça y est, me voilà parti, je vogue, le cœur chaud, le sang tiède. Dès lors, je contemple la flore et la faune des eaux de passage. Je ne saurais vous l’expliquer mais cela me  rappelle mes premiers bains à  la mer, mon premier contact avec l’écume. Jamais rien ne m’a élevé dans une aussi pure simplicité. En effet, ce fut une sorte de baptême poétique, naturel, soutenu par les feux de ce qui ne s’explique pas.  Quand j’étais petit, près du rivage, je me souviens couvrir mon corps d’écume.  Prendre les vaguelettes pour le vent.  Jouer le rôle d’un rocher écumant à l’ascension résistible qui s’attache au sable. Viens donc ma houle ! Ma mer, mon écueil, ma vague, mon écume. Je gratouille le sable à la recherche de bigorneaux et de clovisses. Coquillage à l’oreille, elle corne.               

       Enfant Etoile, qu’entends-je ? Une sonorité lointaine qui me fouille à fond. J'ois vivre la mer. A cet âge, pas besoin de remuer des écus à la pelle pour se sentir propriétaire d’un vaste domaine. Le monde m’appartient de long  en large. Dès que je tourne la tête, le regard coquet, je deviens actionnaire, inspiré par le « moi » du monde. Sans oublier le bataillon de la garde céleste, le bleu  du ciel, le capuchon des âges, patron de l’insaisissable.

       D’un air coquebin, je regarde les filles d’une élégance maniérée. Je sais si bien combien elles me rappellent la cristallerie des âmes. Curieux, je prête  attention  à leur magie, et aussitôt elles jouent du chapeau.

      Abracadabra ! Instrument à cœur ! Voici que je me retrouve vingt-ans après…

      Vous ici ? Oui, et profondément ancré dans les bras d’une Tendrette (être féminin), avec des sentiments indéfinissables et connectifs à côté du réel. Ma gracieuseté, je suis ton étoile, toi tu es mon soleil. Tout est dit. Je dois passer à autre chose. Le récit de ma vie ne peu s’arrêter qu’à cela, même si la rencontre d’une étoile avec le soleil est inouïe. C’est bien connu, le merveilleux ne s’arrête pas, tout comme nous, il évolue et passe le témoin.  D’ailleurs, cela donne la migraine que se cantonner au bonheur de la caste des bien portants. Loin de moi la vie réglée et tranquille, ce n’est pas ma vie. 

    Voici ma dépêche : mon amour distillé par la présence de l’être féminin, je me livre  à un travail surhumain.  Voici mon rêve : aimer à distance de conscience, tous les humains sur mon chemin,  du même amour. Quel projet mes aïeux ! Il en résulte d’infinies complications… et tant mieux, je peux dire mon essentiel des choses aux rouages de l’affect. Mon évidence se fait visible ainsi que mes détraquements.  Amour, il y a si longtemps que nous ne nous sommes vus. Aurais-je encore mis la barre trop haute.

         Toutefois, c’est sur cette pensée souvenante que mon canot se renverse dans le courant agité. Quel bain salutaire !  Je me sauve tant bien que mal. Eberlué, je regagne la rive avec mon infirmité à aimer. J’apprends à soigner mes plaies cruentées dans les tortures de la solitude. Mon corps s’enveloppe d’une carapace et  tel un crustacé, j’apprivoise les fonds marins. Poupsse ! Meilleur il est, vivant, le passé remonte à la surface, le temps file, et au passage, je remonte avec lui d’une grande bouffée d’air. Waouww ! A présent, il fait bon vivre l’homme nouveau, celui de l’instant. 

      L’amour n’est pas un salon intellectuel aux visites d’usage, que je sache !  Certes, ainsi va ma route, je me relève à juste titre d’où j’ai trébuché. Je peux détourner quelqu’un sur ma route, mais lui, l’amour, il est ma route qui se dessine et s’étire de couleurs. Debleu ! que je tombe mort ou blessé, peu m’importe ! Je m’efforcerai  vers des  imaginaires qui existent sans aucune scène écrite à l’avance.

      Authentique, du haut de ma branche, sur un arbre perché ; soulevant des souvenirs, j’entre en connaissance avec cette eau qui passe. Elle aussi a une mémoire de lointain en immense, de ce que je nomme l’inconnu de vie. C’est aussi ma part d’inconnu. C’est un livre de souvenirs qui me suit depuis la naissance de mon infini. Et aujourd’hui, je l’ouvre en grand de toutes mes voiles. Il me tire des aveux, des secrets… je lui partage confidemment mon lieu d’innocence. L’âme dans les branches, tel un succédané de valeur humaine, je deviens créature d’évolution. Je n’ai d’impénétrable pour personne. Je suis homme. La vie me connaît.

        Cancoillotte donc ! Elle court ma riviérette gracieuse dans ses mouvements, au-devant d’un temps de volonté. Je me laisse pénétrer, sans me jeter. Pas de frontière, comme à mon habitude, je passe avec ma cathédrale d’image. Je fais venir un peu d’eau à mon moulin, et voilà que  l’eau des yeux apparaît. Je pleure utilement sur ma branche. 

  A plus de cinq mètres du sol, je lui apporte mon hommage par un langage à part.  Même que, j’écoute mes intentions réelles. Ma foi, je suis parfaitement sincère, je ne me confonds à aucun système de la raison. Je vieillotte auprès des feuillées, à la chaleur de ma compliance. Je m’adapte à la vie qui vient et m’harmonise à mon ignoré. L’arbre me porte, le cours d’eau me promène, me guide et me conduit. Alors pas de souci ! Nous parlons tous trois la même langue avec une si grande confiance, que nous pouvons tout nous dire sans nous voir.

         Tout cela est pur et sans compliment. Dorénavant, un fil tiré de mon âme se décoconne dans l’esprit du lieu. C’est un esprit qui me montre combien je suis confiné dans mes états de conscience et de débrouillardise. Et de leurs secrets dépendent mon évolution, en silence, sur la route de la mer. A ce trait, je me dois d’y aller sans perdre un instant. Fort heureusement pour moi, je ne pars  pas à l’origine de la cancoillotte. Sans façon, je ne suis point équipé pour telle expédition. 

       Sans la délicatesse de l’esprit, je suis confit dans une tête d’eau, au risque de rétrécir la pensée et de crever comme un séquestré de l’alphabet dans un putanat littéraire. Mais non ! Mais si.  L’homme est une chaleur intime, le frère de plume vaut mieux que la prostitution de l'entendement. C’est là ce qui fait la perte de l’intention littéraire. Et depuis lors, sans dessein, il n’y a plus d’âme dans un écrit. Juste des pages de supplicié intellectuel, sans authenticité aucune.  De sorte que les rumeurs médiatiques  tirent de plus en plus les hommes vers l’inexistant afin de les éloigner définitivement des rossignols et des coquelicots. Et j’en viens à me dire : jamais ! Jamais la ville et la maison de retraite, une chantilly par ici, un prix Goncourt comme sucrerie, un prix d’injuste gloire par-là ! Plutôt mourir. Mourir délibérément, et déjà de mon vivant. Dis mon Doubs, je sens trop bien que partir sans toi, n’est pas partir.

          D’ailleurs, voici, il me reste ma coquille de noix. Cap’taine ! mise  à l’eau. Plouf ! Soldat d’homme, j’embarque. Sans hésitation, je vais tâcher de vivre puissamment mon impossible question. Finalement, rien ne pourra jamais plus m’arrêter dans mes mouvements d’esprit, pas même le bleu des profondeurs qui  connaît mes pures intentions. J’arrive au grand jour, tout fou, tout doux atteint de passion de vivre…                    

Sommaire:

Sur un arbre perché
Par-dessus l’eau
Fontanges
Colchique
Quand brille l’instant
Ma dame de compagnie
Parages et méditation
Beethoven (l'oiseau)
Le partage des eaux
Le golf de l’anneau


 

- Revue Ecologie, Alternative et Non-violence


- Revue sillage, de l'association vaudoise des écrivains automne 2007, cahier numéro 71

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